Suspension de la réforme des retraites : le guide pour tout comprendre selon votre situation

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La réforme des retraites de 2023, qui prévoyait un départ à 64 ans, est désormais bel et bien suspendue. Cette décision, inscrite dans la LFSS 2026, apporte un répit à des millions de Français… sauf pour leurs méninges.

Car entre pas en avant et retours en arrière, que change vraiment cette suspension pour votre carrière et votre pension ? Découvrez dans cet article les enjeux pour tout comprendre sur ce que vous réserve votre avenir de salarié.

La réforme Borne suspendue… temporairement

Commençons par un petit rappel des faits. Adoptée en avril 2023 après de longues manifestations, la réforme Borne visait à équilibrer les comptes des retraites face au vieillissement démographique. Les deux mesures principales étaient :

  • Le relèvement progressif de l’âge légal de 62 à 64 ans (trois mois par an, à partir des générations nées en 1961).
  • L’allongement de la durée de cotisation pour une retraite à taux plein, jusqu’à 172 trimestres pour les plus jeunes générations.

L’objectif était d’économiser environ 15 milliards d’euros par an d’ici 2030. Cette réforme a été très contestée, notamment pour son impact sur les carrières longues et les femmes.

Entre-temps, il y a eu une dissolution et plusieurs ministres se sont succédé. Pour éviter une nouvelle chute de gouvernement, et alors que l’adoption d’un budget pour 2026 devenait de plus en plus urgente, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dû abattre sa carte maîtresse : la suspension de la réforme des retraites pour les retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026.

Maintenant, regardons au cas par cas, en fonction de votre année de naissance, ce que cela implique.

À savoir

Rappelons juste avant un point absolument majeur : suspension ne vaut pas abrogation. À partir du 1ᵉʳ janvier 2028, le relèvement de l’âge de départ à la retraite sera de nouveau mis en application, sauf si un éventuel candidat élu s’engage à le suspendre définitivement.

L’impact de la suspension de la réforme des retraites selon les années de naissance

Assurés nés en 1963 et avant

Pour vous, c’est très simple : rien ne change si vous êtes né en 1963 ou avant. La durée d’assurance nécessaire pour partir à taux plein reste fixée à 170 trimestres, et votre âge de départ demeure de 62 ans et 9 mois.

Assurés nés en 1964

Avant la suspension : l’âge légal de départ devait être de 63 ans.

Depuis la suspension : vous pourrez partir à la retraite à 62 ans et 9 mois (soit un gain de trois mois), pour une durée de cotisation inchangée de 170 trimestres (un trimestre de moins que prévu par la réforme Borne).

Assurés nés au 1ᵉʳ trimestre 1965

Avant la suspension : l’âge légal de départ devait être de 63 ans et 3 mois.

Depuis la suspension : vous partirez à 62 ans et 9 mois (soit un gain de six mois), avec 170 trimestres à valider (deux trimestres de moins).

Assurés nés à partir d’avril 1965 et jusqu’à fin 1968

Ici, la situation est plus complexe, car vous serez concernés par la réactivation de la réforme à partir de janvier 2028. Partons du principe qu’aucune nouvelle réforme ou abrogation définitive ne vienne rebattre les cartes. Dans la situation actuelle, voici la réalité :

  • Génération 1965 (nés d’avril à décembre) : 63 ans
  • Génération 1966 : 63 ans et 3 mois
  • Génération 1967 : 63 ans et 6 mois
  • Génération 1968 : 63 ans et 9 mois

Concernant la durée de cotisation :

  • 171 trimestres pour les assurés nés entre avril et décembre 1965,
  • 172 trimestres pour les générations 1966, 1967 et 1968.

Assurés nés entre 1964 et 1968 et éligibles au dispositif « carrière longue »

Voici un tableau récapitulatif en fonction de votre âge de début d’activité et l’année de naissance :

Année de naissance

Âge de début activité

Trimestres cotisés requis

Âge départ minimal (actuel)

1961 (sept-déc) / 1962

Avant 20 ans

169

60 ans

1963 (janv-août)

Avant 20 ans

170

60 ans

1963 (sept-déc)

Avant 16 ans Avant 18 ans Avant 20 ans

170

58 ans 60 ans 60 ans

1964 à mars 1965

Avant 16/18/20 ans

170

58 / 60 / 60 ans et 3 mois

Avril-déc 1965

Avant 16/18/20/21 ans

171

58 / 60 / 60 ans et 6 mois / 63 ans

1966

Avant 16/18/20/21 ans

172

58 / 60 / 60 ans et 9 mois / 63 ans

1967

Avant 16/18/20/21 ans

172

58 / 60 / 61 ans / 63 ans

1968

Avant 16/18/20/21 ans

172

58 / 60 / 61 ans et 3 mois / 63 ans

1969

Avant 16/18/20/21 ans

172

58 / 60 / 61 ans et 9 mois / 63 ans

1970

Avant 16/18/20/21 ans

172

58 / 60 / 62 ans / 63 ans

1971 et après

Avant 16/18/20/21 ans

172

58 / 60 / 62 ans / 63 ans

Assurés nés à partir de 1969

Aucun changement pour vous, que ce soit avant ou après la réforme Borne. Pour partir à taux plein, vous devrez toujours attendre vos 64 ans et avoir validé au minimum 172 trimestres. Seule une nouvelle réforme après la prochaine présidentielle pourrait modifier votre situation ; à ce stade, tout reste donc inchangé pour votre génération.

Réforme du nombre d’années pour calculer la retraite des femmes à partir de 2026

Aujourd’hui, la pension de base est calculée à partir du salaire annuel moyen établi sur les 25 meilleures années de carrière. Le gouvernement a procédé à une évolution du dispositif, en reprenant l’une des pistes évoquées lors du précédent « conclave » sur les retraites : adapter le nombre d’années prises en compte en fonction du nombre d’enfants.

Le projet prévoit, dès 2026 :

  • Pour une mère d’un enfant : les 24 meilleures années seront retenues ;
  • Pour une mère de deux enfants ou plus : les 23 meilleures années.

Il s’agit d’une avancée concrète afin d’améliorer la retraite des femmes, puisqu’en France, près de 50 % d’entre elles pourraient dès l’année prochaine bénéficier du nouveau dispositif.

Lire aussi :

Pourquoi les femmes sont souvent désavantagées à la retraite (et comment y remédier)

Réforme complète du cumul emploi retraite à partir de 2027

La loi de financement pour la Sécurité sociale pour 2026 prévoit également le durcissement du cumul emploi-retraite :

  • Avant l'âge légal de 64 ans (soit entre 62 et 64 ans), la pension sera totalement écrêtée à hauteur des revenus d'activité, dès le premier euro, pour valoriser la retraite progressive ;
  • De 64 à 67 ans, un cumul emploi-retraite partiel est instauré. La pension sera écrêtée à hauteur de 50% des revenus d'activité qui dépassent un seuil fixé par décret. Ce seuil pourrait être fixé à 7 000 euros annuels ;
  • Après 67 ans, le cumul emploi-retraite sera libre, sans limite avec la création de droit à une seconde pension.

La clé : anticiper son départ à la retraite

En à peine deux ans, la France a connu une réforme des retraites ambitieuse… puis son gel brutal. D’ici 2028, les mesures suspendues devraient reprendre automatiquement, sauf si la présidentielle de 2027 ou une nouvelle loi en décide autrement.

Que vous soyez à dix ans ou à quelques mois de la retraite, il est parfaitement normal de vous sentir déboussolé. Quand on approche du moment de liquider ses droits (c’est-à-dire demander officiellement le versement de ses pensions auprès de tous les régimes auprès desquels on a cotisé), l’angoisse monte vite. Une erreur ou un oubli peut coûter plusieurs centaines, voire milliers d’euros par an, et ce, à vie.

D’après un rapport de la Cour des comptes publié en mai 2025, plus d’un nouveau retraité sur dix a perçu une pension erronée en 2024, et ces erreurs ont, dans près de trois quarts des cas, un effet défavorable pour l’assuré, comme le montre l’analyse des dossiers menée par le cabinet QualiRetraite.

Si votre parcours professionnel est complexe - carrière hachée, passages du salariat à l’entrepreneuriat (ou l’inverse), périodes à l’étranger, poly-pensionné… - ou si vous voulez simplement savoir quel est le meilleur moment pour partir et optimiser votre pension, la solution la plus sûre reste de faire réaliser un bilan retraite complet par un cabinet indépendant spécialisé.

Cette démarche permet d’anticiper les éventuelles erreurs, de sécuriser ses droits dans les meilleures conditions et surtout, vous redonne la sérénité et le contrôle sur cette étape majeure de votre vie.

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