- Des erreurs plus fréquentes qu’on ne l’imagine
- Dossiers de retraite : d’où viennent les erreurs ?
- Une administration sous tension et un virage numérique délicat
- La responsabilité de l’assuré, un point clé souvent méconnu
- La liquidation provisoire : étape cruciale pour le calcul de la retraite
- La notification de retraite : votre ultime responsabilité
Dossiers de retraite : pourquoi 4 dossiers sur 5 contiennent une erreur de calcul ?

Montants sous-évalués, trimestres manquants, périodes oubliées… Les erreurs dans les dossiers de retraite sont loin d’être marginales. Ces anomalies peuvent, au final, amoindrir les pensions de plusieurs centaines d’euros par an et compromettre l’avenir financier des retraités.
Comment expliquer ces dysfonctionnements récurrents ? Et surtout, les assurés peuvent-ils intervenir en amont pour éviter que ces erreurs ne leur portent préjudice ? Voici des éléments de réponse.
Sommaire :
Des erreurs plus fréquentes qu’on ne l’imagine
Contrairement à une idée reçue, les erreurs de calcul de retraite ne sont pas des cas isolés. C’est même tout le contraire. Un rapport de la Cour des comptes publié en mai 2025 révélait qu’une pension sur dix attribuée en 2024 comportait au moins une erreur ayant un impact financier, « le plus souvent au détriment du retraité ».
Le taux d’erreur relevé par la Cour des comptes s’élève ainsi à 10,5 % en 2024. Un niveau préoccupant, qui concerne les retraites versées par le régime général de l’assurance vieillesse et met en lumière un phénomène structurel.
« L’impact financier de ces erreurs sur toute la durée de vie des pensionnés est estimé à 900 millions d’euros », précise le rapport. À titre d’exemple, une pension injustement réduite de 20 euros par mois représente un manque à gagner de 6 000 euros sur 25 ans.
Dans les faits, la situation pourrait être encore plus préoccupante. Selon les données issues des dossiers analysés par QualiRetraite, cabinet spécialisé dans les bilans de retraite, 4 dossiers sur 5 comportent des anomalies.
Dossiers de retraite : d’où viennent les erreurs ?
Les erreurs ne surgissent pas du néant ; elles résultent souvent d’une accumulation d’inexactitudes tout au long de la carrière. Les anomalies les plus fréquentes concernent :
- Des salaires sous-évalués ou non reportés, en particulier pour les années anciennes ou les carrières hachées.
- Des majorations oubliées (enfants, carrière longue, handicap).
- Les périodes à l’étranger, rarement intégrées automatiquement.
- Des trimestres manquants, dus à une absence de déclaration de l’employeur ou à une mauvaise interprétation des périodes assimilées (maladie, maternité, service militaire, chômage).
Chaque acteur intervient à un moment donné, avec ses propres outils, ses délais et ses contraintes. Une information mal transmise ou incomplète à une étape peut ainsi se répercuter plusieurs décennies plus tard, au moment du calcul des droits.
« Les erreurs ne sont pas systématiquement du fait des caisses - même si cela peut arriver - mais elles sont multiples : la chaîne de valeur est très profonde, incluant l’assuré, l’employeur, l’Urssaf, la CAF ou encore Pôle emploi. Le dernier maillon de la chaîne ne peut donc pas assumer seul les erreurs accumulées par tout le monde », souligne Thomas Rouillard, directeur général de QualiRetraite, cabinet spécialisé dans l’analyse des carrières retraite.
À SAVOIR
Dès 35 ans, vous recevez périodiquement (tous les 5 ans) votre Relevé individuel de situation (RIS), également téléchargeable à votre guise sur le portail info-retraite.fr. Ce document s'enrichit dès vos 55 ans avec l'Estimation indicative globale (EIG). Ce second volet est stratégique : il simule le montant de votre future retraite en fonction de vos différentes hypothèses d'âge de départ.

Une administration sous tension et un virage numérique délicat
Les erreurs viennent aussi du fait que les caisses de retraite évoluent dans un environnement contraint. Les volumes de dossiers à traiter sont importants, les règles changent régulièrement et les outils informatiques doivent s’adapter à des réformes fréquentes.
À cela s’ajoutent des réalités humaines : surcharge de travail, fort turnover des équipes, recours accru au numérique. Les nouveaux agents doivent s’approprier rapidement un environnement complexe, où la législation évolue sans cesse. Les réformes successives - sur l’âge de départ, les carrières longues ou les majorations familiales - exigent une mise à jour permanente des procédures.
Dans ce contexte, des interprétations divergentes peuvent donc tout naturellement apparaître, et conduire donc à des traitements parfois incohérents.
La responsabilité de l’assuré, un point clé souvent méconnu
Face à ces défis, une part de responsabilité vous incombe. De la même manière que vous vérifieriez vos numéros après un tirage de loto, il vous revient aussi de contrôler que les informations figurant sur votre relevé de carrière sont exactes.
« Quand la caisse envoie la notification de retraite, c’est la responsabilité de l’assuré de vérifier que les chiffres sont corrects », confirme Thomas Rouillard. L’erreur la plus fréquente ? Considérer cette notification comme une vérité définitive et incontestable.
La liquidation provisoire : étape cruciale pour le calcul de la retraite
Un moment est particulièrement critique : la liquidation provisoire. Ce dispositif, censé accélérer le versement des pensions, permet de lancer les paiements sans avoir tous les justificatifs.
Mais attention ! Si vous ne signalez pas les anomalies à ce stade, l'erreur initiale risque de se figer. Le montant temporaire devient alors définitif et toute réclamation ultérieure devient administrativement complexe et limitée dans le temps. La Cour des comptes souligne d’ailleurs que c’est au moment de la liquidation provisoire que les erreurs sont les plus nombreuses.
Pour éviter d’en arriver là, une règle doit toujours être gardée en tête : la charge de la preuve repose sur vous et uniquement vous. La caisse de retraite n’engagera pas spontanément des démarches pour corriger des données erronées. On peut considérer que c’est malheureux, et donc fastidieux pour nous, mais c’est la réalité.
À LIRE :
La notification de retraite : votre ultime responsabilité
La retraite constitue une étape clé d’une vie, à la fois personnelle et financière. Il est donc parfaitement normal de ne pas se souvenir avec précision de chaque détail d’un parcours professionnel parfois long de plusieurs décennies.
Dans ce contexte, nous ne sommes pas tous égaux : si certains déchiffrent leur relevé de carrière avec aisance, d’autres se sentent rapidement perdus face à la complexité des calculs et des règles. Pour ne pas subir ce dédale administratif, il peut alors être tout à fait pertinent d’effectuer un bilan retraite. Faire appel à un expert permet à la fois de sécuriser votre dossier et d’actionner des leviers d’optimisation, parmi lesquels :
- Le rachat de trimestres lorsque cela est pertinent,
- Le cumul emploi-retraite,
- La vérification des points de retraite complémentaire,
- La coordination directe avec les caisses,
- Et d’autres stratégies adaptées à chaque situation.
Les chiffres communiqués par le cabinet QualiRetraite sont d’ailleurs sans appel : 84 % des dossiers étudiés comportent des erreurs dans les relevés de carrière. En moyenne, ces corrections permettent de récupérer 633 euros de pension par an, soit plus de 6 300 euros sur dix ans !
Anticiper reste le meilleur moyen d’éviter les erreurs. Réaliser un bilan retraite permet de vérifier votre relevé de carrière, de corriger les anomalies et de sécuriser vos droits avant qu’ils ne deviennent définitifs.