Casse-tête Retraite | Épisode 5 - Cumul emploi-retraite : comment ça marche ?

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CONCERNE : Agriculteur | Artisan-Commerçant | Micro-entrepreneur | Travailleur indépendant | Assimilé salarié | Etudiant | Fonctionnaire | Libéral | Retraité | Salarié | Sans activité

Et si la retraite ne rimait pas forcément avec arrêt total d’activité ?

Le cumul emploi-retraite permet aujourd’hui de continuer à travailler tout en percevant sa pension. Mais à quelles conditions ? Pour qui ? Et avec quel impact sur les revenus et les droits ?

Dans cet épisode, nous décryptons ce dispositif. Pour en parler, on reçoit Angélique Perroux, présidente du groupe Uminii (Factorielles, QualiRetraite, Carnet de Retraite et Previssima) qui accompagne au quotidien les professionnels et les particuliers à naviguer dans les sujets de la protection sociale.

Qu’est-ce que le cumul emploi-retraite ?

Le cumul emploi-retraite, c’est la possibilité, pour un retraité, de cumuler deux flux de revenus :

  • Sa pension de retraite
  • Et un revenu issu d’une activité professionnelle, poursuivie ou reprise après la liquidation de ses droits.

Le cumul emploi-retraite permet d’améliorer son niveau de vie, avec un revenu global supérieur à celui de la seule pension. C’est parfois aussi une manière de conserver une vie active et sociale au-delà de la vie professionnelle.

Cumul emploi-retraite : un dispositif qui gagne à être connu

Devenir retraité ne signifie pas forcément troquer du jour au lendemain son attaché-case pour des charentaises et passer sa journée dans un fauteuil, le chat sur ses genoux et la télécommande en main. Si ce tableau peut séduire certains, pour d’autres, il peut être terrifiant.

Certains professionnels très investis dans leur carrière voient en effet la retraite comme une rupture nette, voire comme une « petite mort ». Résultat : ils se désintéressent du sujet et ont du mal à l’anticiper.

Or, en France, il existe une vraie possibilité pour ne pas avoir de rupture brutale entre la vie professionnelle et la retraite : le cumul emploi-retraite.

Cette transition peut être nécessaire, par exemple pour des dirigeants qui viennent juste de trouver un repreneur pour leur entreprise, ou bien pour des salariés clés, soucieux d’assurer la transmission des savoir-faire en interne. Le cumul emploi-retraite peut aussi être subi : certains retraités n’ont pas une pension suffisante pour vivre correctement et le cumul emploi-retraite leur permet de maintenir leur niveau de vie.

Qu’il soit subi ou choisi, le cumul emploi-retraite est un outil stratégique à connaître et à maîtriser.

Quand on est en cumul emploi-retraite, est-ce que ce qu’on gagne est déduit de notre pension de retraite ou est-ce qu’au contraire ça s’additionne ?

Cela dépend des conditions dans lesquelles on est parti à la retraite :

  • L’âge au moment de la liquidation,
  • Le fait d’avoir ou non le taux plein (c’est-à-dire tous ses trimestres de cotisation),
  • Et les règles propres à chaque régime.

Il existe deux grands types de cumul emploi-retraite : le cumul emploi-retraite libéralisé et le cumul emploi-retraite plafonné.

1. Le cumul emploi-retraite libéralisé (CER intégral)

C’est le cas le plus favorable : on peut reprendre une activité sans limite de revenus, sans plafond et sans délai, chez le même employeur ou non. Ce type de cumul emploi-retraite est dit « libéralisé » car sans contraintes, on peut le mettre en place comme on veut, quand on veut.

Cela concerne généralement les personnes parties à l’âge légal (hors dispositifs de départ anticipé) et avec tous leurs trimestres requis (taux plein).

2. Le cumul emploi-retraite plafonné (CER partiel)

Dans d’autres situations, le cumul emploi-retraite peut être limité, soit :

  • Par un délai d’attente avant de pouvoir le mettre en œuvre,
  • Par un plafond de revenus à ne pas dépasser (par rapport à ce que l’on peut percevoir en plus de sa pension de retraite).

Si ces règles ne sont pas respectées, le montant de la retraite versée peut être réduit ou suspendu.

Si on est partis à l’âge légal mais sans avoir tous ses trimestres (avec une décote) ou si on est partis en retraite de façon anticipée, on rentre dans le cadre du cumul emploi-retraite plafonné.

À NOTER

Chaque régime de retraite a ses propres conditions de cumul emploi-retraite : il faut donc bien cartographier tous les régimes dans lesquels on a cotisé et s’enquérir des règles de chacun.

À LIRE :

Un salarié partant à l’âge légal sans tous ses trimestres subit :

  1. Une décote définitive sur sa pension,
  2. Un cumul emploi-retraite contraint.

Première conséquence du cumul emploi-retraite plafonné : il sera soumis à un délai d’attente. Ainsi, s’il veut reprendre une activité chez le même employeur, il devra attendre six mois. En revanche, s’il souhaite reprendre une activité auprès d’un autre employeur, il peut démarrer dès le lendemain de sa prise de retraite.

Deuxième effet négatif du cumul emploi-retraite plafonné, le montant de sa retraite + de son revenu d’activité ne doivent pas dépasser un certain plafond. Ce plafond correspond soit à la moyenne des trois derniers mois de salaire, soit à 160 % du SMIC.

En cas de dépassement du plafond, la pension peut être diminuée du même montant, ou suspendue.

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Est-ce que ça vaut le coup de faire un cumul emploi-retraite plafonné ? Est-ce qu’il ne vaut pas mieux continuer à travailler pour engranger d’autres trimestres et atteindre le taux plein ?

C’est une vraie question qui se pose dès lors que l’on est prêt à travailler plus ! Mais il n’y a pas de réponse unique : chaque situation est différente.

  • Certaines personnes auront intérêt à partir avec une décote et compléter leur pension avec une activité, même dans le cadre d’un cumul emploi-retraite plafonné.
  • Pour d’autres, il sera préférable de continuer à travailler pour atteindre le taux plein.

La retraite progressive peut aussi être une solution intermédiaire, si la personne souhaite travailler à temps partiel.

Quand on est en cumul emploi-retraite, est-ce qu’on continue à cotiser pour sa retraite ?

Oui, c’est même obligatoire de continuer à cotiser pendant cette phase de cumul emploi-retraite. Parfois, ces cotisations sont « à fonds perdu ». Parfois, ces cotisations peuvent ouvrir droit à une deuxième pension dans le régime, le jour où on arrêtera le cumul emploi-retraite. C’est généralement le cas pour les personnes en cumul emploi-retraite libéralisé.

C’est pourquoi il peut être pertinent, juste avant de prendre sa retraite, d’aller racheter des trimestres pour partir non seulement à taux plein, mais aussi bénéficier d’un cumul emploi-retraite libéralisé et ainsi cotiser pour une deuxième pension de retraite !

Pour les indépendants qui ont généralement des revenus irréguliers d’une année à l’autre, comment ça se passe ?

Cela pose la question du statut choisi. Si les cotisations ne génèrent pas de nouveaux droits, il peut être intéressant d’opter pour un statut moins consommateur de cotisations, afin de maximiser le revenu disponible dans cette phase de cumul emploi-retraite. De l’intérim au portage salarial, il existe plusieurs solutions.

Un point important : il est possible de s’affranchir des contraintes du cumul emploi-retraite plafonné si le retraité exerce une activité relevant d’un régime dans lequel il n’a jamais cotisé auparavant. Cela peut être particulièrement intéressant pour les cas de reconversions professionnelles.

EXEMPLE

Ingénieur en aéronautique, Denis a été salarié toute sa vie. A l’heure de la retraite, il décide enfin de vivre de sa passion et de devenir guide de haute montagne, un métier dont il a toujours rêvé. Comme il est parti en retraite sans tous ses trimestres, il craint d’être limité dans les revenus que cette nouvelle activité pourra générer, car il rentre dans la catégorie du CER plafonné. Mais comme en tant que guide de haute montagne il se retrouve à cotiser à la CIPAV, une caisse auprès de laquelle il n’a jamais cotisé, il a la chance de dépendre d’un nouveau régime et pourra donc bénéficier d’un CER intégral.

BON À SAVOIR

Certaines professions et typologies de revenus sont exemptés de toute limitation de cumul emploi-retraite : activités liées à la personne (assistants maternels), activités liées à la nature, l’art ou la religion, activité d’élus locaux…

Certains aménagements peuvent aussi être pris sur des périodes temporaires. Pendant le Covid, par exemple, les conditions d’accès au dispositif de cumul emploi-retraite intégral avaient été assouplies afin de mobiliser davantage de personnel médical.

Quelles sont les démarches à suivre pour mettre en place un cumul emploi-retraite ?

Le cumul emploi-retraite doit être déclaré auprès des caisses dans lesquelles on va continuer à cotiser :

  • Soit au moment de la mise en paiement de sa retraite, c’est-à-dire de la liquidation, si on veut démarrer le CER tout de suite après sa retraite.
  • Soit dans le mois suivant la reprise d’activité, si c’est un cumul emploi-retraite qui s’installe pendant la phase de retraite.

Des contrôles peuvent intervenir, et en cas de non-respect des règles, la pension peut être suspendue ou diminuée.

À NOTER

Le dispositif du cumul emploi-retraite va évoluer à partir du 1er janvier 2027. La réforme, issue de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026, prévoit une organisation du CER structurée autour de l’âge du retraité.

Trois situations pourront être distinguées :

  • Avant l’âge légal (soit 64 ans à terme), chaque euro gagné en travaillant réduira la pension de retraite d’un euro ;
  • Entre l’âge légal et 67 ans, la réforme prévoit un cumul emploi-retraite partiel. La pension sera écrêtée à hauteur de 50 % des revenus d’activité dépassant un certain seuil, qui pourrait être fixé par décret à 7 000 € de revenus d’activité par an. En pratique, cela signifie que jusqu’à 7 000 €, le cumul sera total et, au-delà, une partie de la pension sera réduite.
  • Après 67 ans, le retraité pourra cumuler librement sa pension de retraite et ses revenus d’activité. Par ailleurs, il s’agira du seul cas de figure où le retraité pourra acquérir de nouveaux droits à retraite, laquelle ne devrait plus être plafonnée.

Ces nouveautés entreront en vigueur au 1er janvier 2027, uniquement pour les personnes prenant leur retraite après cette date. Les retraités déjà en CER à cette date ne seraient pas concernés.

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