Yves Deshayes (SNPL) : « La réforme des retraites telle que prévue aujourd’hui est néfaste pour les personnels navigants »

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Yves Deshayes (SNPL) : « La réforme des retraites telle que prévue aujourd’hui est néfaste pour les personnels navigants »
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Le 16 septembre dernier, la première manifestation d’ampleur contre la réforme des retraites prônée par Jean-Paul Delevoye a réuni près de 15 000 participants.

Avocats, infirmières, médecins, hôtesses de l’air et pilotes de ligne notamment, cette manifestation a regroupé des professionnels affiliés à des régimes autonomes qui ont jusqu’alors été parmi les mieux gérés.

Inquiets pour l’avenir de leurs caisses et des réserves financières qu’ils ont constitué par le passé, nous avons voulu comprendre leur point de vue.

Pour cela, nous avons rencontré Yves Deshayes, Président du Syndicat National des Pilotes de Ligne. Il nous livre ses réflexions sur la réforme Delevoye et l’avenir de la Caisse de Retraite du Personnel Navigant de l’Aéronautique Civile (CRPN).

Previssima - Pouvez-vous revenir sur la journée de mobilisation du 16 septembre ? Est-ce une réussite selon vous ?

Yves deshayes - Tout à fait, car la manifestation fut très réussie et cela constitue un vrai coup de semonce pour le Gouvernement.

Nous sommes très satisfaits de cette mobilisation qui a réuni plus de 15 000 personnes ; et ce d’autant que les professionnels présents ne sont pas habitués à descendre dans la rue.

N’oublions pas que les avocats, les paramédicaux, les médecins, les pilotes et le personnel navigant représentent au total 700 000 personnes.

C’est aussi une réussite sur le fond car nous avons réussi à alerter sur nos inquiétudes et expliquer la différence entre :

  • Les régimes spéciaux (Sncf, Ratp, Edf) qui sont structurellement déséquilibrés sur le plan financier et ne disposent pas de réserves
  • Et les régimes autonomes comme celui de la CRPN qui sont bien gérés depuis des décennies (1951 pour la CRPN), n’ont jamais rien couté au contribuable et ont su prévoir l’avenir en constituant des réserves

Vous sentez-vous associés à la réforme et la concertation est-elle de pure forme ou un échange en profondeur ?

La démarche engagée depuis de nombreux mois par Jean-Paul Delevoye n’était absolument pas une réelle concertation mais plutôt un vague bilan de l’existant. En tous cas rien qui permette l’amorce d’une vraie réforme.

Nous avons posé de nombreuses questions à Jean-Paul Delevoye et nous devons constater que nous n’avons eu aucune réponse sérieuse. Pire, le rapport Delevoye confirme la volonté de faire disparaitre tous les régimes autonomes dont notre caisse complémentaire. Nous n’avons clairement pas été entendus sur ce point.

Ainsi, nous sommes très méfiants si le Gouvernement veut accélérer le calendrier car pour nous cette réforme est viciée dans sa logique et nous pose de très graves problèmes.

Justement que pensez-vous du projet de réforme issu du Rapport Delevoye ?

Honnêtement, la réforme ne va rien apporter de bénéfique aux affiliés de la CRPN, si ce n’est une garantie de l’État sur une partie de la retraite. Mais cela relève plus du miroir aux alouettes quand on connait la situation budgétaire de notre pays.

En revanche nos craintes sont multiples quant à la prise en compte de nos spécificités.

Par exemple, en raison de la pénibilité de notre métier, les pilotes Français ont obtenu de partir entre 60 et 65 ans. Comment ferons-nous demain dans le régime universel alors que les critères généraux de la pénibilité ne s’appliquent pas aux navigants car ils n’ont pas été dimensionnés pour prendre en compte les particularités de nos métiers ?

Et la question est vitale pour la sécurité des passagers. À partir de 60 ans, des pilotes peuvent être fatigués. Or dans notre métier, la moindre erreur se paye cash. Même si l’âge moyen de départ en retraite des pilotes est de 62 ans et demi, il faut savoir qu’un pilote peut passer avec succès sa visite médicale en étant cependant trop usé pour assurer son métier en toute sécurité. Nous ne souhaitons pas que ces pilotes continuent à voler uniquement pour avoir une retraite à taux plein.

Autre sujet : comment les droits acquis seront-ils repris ? Est-ce une reprise intégrale des droits à titre individuel ou à titre collectif ? Jean-Paul Delevoye n’a pas été clair sur le sujet. Or, cela change tout et il est hors de question qu’il y ait perte de droits individuels.

De plus, notre caisse a établi des simulations qui montrent que les bas salaires sont les plus perdants dans la réforme envisagée.

De même, nous disposons d’un système de retraite progressive très bien adapté à la situation des pilotes et du personnel navigant en général ; mais bien différent du système général actuel, système qui a été mis en place par notre caisse et qui doit perdurer.

Je ne vous cache pas que nous craignons que les choses ne soient pas claires dans le projet de loi qui sera soumis au Parlement dans les prochains mois.

Quelle réforme des retraites souhaitez-vous ?

Nous ne sommes absolument pas opposés à une réforme des retraites, mais pas celle que Jean-Paul Delevoye nous propose.

Un régime universel à trois plafonds de la Sécurité sociale (PSS) peut-être acceptable, même si à mon sens trop ambitieux et trop compliqué à mettre en place, à condition de prendre en compte les spécificités des navigants.

En revanche, nous exigeons de conserver notre régime complémentaire géré en répartition par les partenaires sociaux. Nous y sommes attachés car il n’existe pas de branche professionnelle du transport aérien et les conditions d’un futur régime complémentaire non légal et obligatoire seront trop disparates entre les compagnies. Par ailleurs, les pilotes sont d’autant plus méfiants sur la capitalisation que nos collègues qui ont volé à l’étranger constatent bien qu’elle est souvent moins intéressante financièrement que la répartition.

Comment les pilotes et le personnel navigant commercial (PNC) réagissent à l’égard de cette réforme ?

Au début il a fallu expliquer techniquement ce qui allait changer, le sujet est très technique. Il a fallu également faire une étude d’impact objective car il n’était pas question de prendre une position dogmatique. Ce travail conclu clairement que la réforme telle que prévue aujourd’hui est néfaste pour les navigants.

Nous sentons maintenant que la mobilisation monte en puissance et que les actifs aussi bien que les retraités de la CRPN sont très attachés au maintien de leur caisse professionnelle.

La prochaine étape aura lieu le 11 octobre avec une conférence de presse et la rencontre avec les parlementaires dans le cadre de l’association SOS retraite. En fonction de la réponse du Gouvernement, on décidera de la suite.

Mais si la concertation qui doit reprendre est dans le même style que ce que nous avons vécu jusqu’à aujourd’hui, il est certain que le mouvement ne pourra que se durcir.

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