Travail : le 1er mai va-t-il devenir un jour comme les autres ?
Le 1er mai occupe une place à part dans le droit du travail français. C’est en effet le seul jour férié qui est, par principe, obligatoirement chômé et payé pour tous les salariés. Pourtant, chaque année, certaines activités continuent de fonctionner, notamment les boulangeries, les fleuristes ou encore certains lieux culturels.
Pour mettre fin à une situation juridique devenue floue, une proposition de loi a été adoptée par le Sénat et doit prochainement être examinée par l’Assemblée nationale. Elle vise à encadrer plus clairement le travail le 1er mai dans certains secteurs. Mais le texte ne fait pas l’unanimité. Le point dans cet article.
Pourquoi une nouvelle loi ?
Aujourd’hui, le code du travail pose un principe simple : le 1er mai est chômé. Il prévoit toutefois une exception pour les établissements dont l’activité ne peut pas être interrompue, comme les hôpitaux ou les transports publics.
Le problème, c’est que cette exception n’est pas précisément définie. Pendant longtemps, certaines professions, notamment les boulangers, ont été autorisées, de fait, à faire travailler leurs salariés le 1er mai. Mais cette tolérance reposait davantage sur des positions administratives que sur un texte clair.
Ces dernières années, la situation s’est tendue. En 2024, plusieurs boulangers ont été verbalisés par l’inspection du travail pour avoir employé des salariés ce jour-là, avant d’être relaxés en justice en 2025. Résultat : employeurs et salariés se sont retrouvés dans une grande insécurité juridique.
La proposition de loi a donc pour objectif principal de clarifier les règles et d’inscrire noir sur blanc dans la loi les secteurs pouvant bénéficier d’une dérogation.
Quels secteurs seraient concernés ?
Le Sénat a choisi de limiter strictement le champ de la dérogation. Seraient concernés uniquement des secteurs qui travaillent traditionnellement le 1er mai :
- Les boulangeries et commerces de bouche de proximité ;
- Les fleuristes et jardineries ;
- Les théâtres et les cinémas.
Les grandes surfaces sont explicitement exclues du dispositif.
Quelles garanties pour les salariés ?
Le texte prévoit plusieurs garde-fous importants.
D’abord, le travail le 1er mai reposerait exclusivement sur le volontariat. Aucun salarié ne pourrait être contraint de travailler ce jour-là. Un accord écrit entre l’employeur et le salarié serait nécessaire.
Ensuite, le refus de travailler le 1er mai ne pourrait entraîner aucune sanction, ni être considéré comme une faute ou un motif de licenciement.
Enfin, la rémunération spécifique du 1er mai resterait inchangée : les salariés qui travaillent ce jour-là continueraient à bénéficier d’une majoration de salaire.
Pourquoi le texte est-il contesté ?
Malgré ces garanties, l’ensemble des organisations syndicales s’oppose à la proposition de loi. Elles craignent que cette dérogation ouvre la voie à une remise en cause progressive du caractère exceptionnel du 1er mai.
Pour les syndicats, le « volontariat » est aussi source d’inquiétude. Dans la pratique, ils estiment qu’il peut être difficile pour un salarié de refuser de travailler, notamment dans les petites entreprises, en raison du lien de subordination avec l’employeur.
Les organisations syndicales rappellent également la dimension symbolique du 1er mai, journée internationale des travailleurs, qui commémore les luttes sociales et des événements historiques marquants.
Que va-t-il se passer maintenant ?
La proposition de loi doit être examinée par l’Assemblée nationale le 22 janvier prochain. Les députés devront trouver un équilibre entre deux objectifs : sécuriser juridiquement certaines pratiques professionnelles existantes, sans remettre en cause le statut particulier du 1er mai.
Le débat promet d’être animé, tant ce jour férié reste chargé de sens, au-delà des seules questions d’organisation du travail. Affaire à suivre.
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