Santé : les petites et moyennes mutuelles interpellent les candidats à la présidentielle

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Entre le 9 et le 15 mars dernier s’est déroulée la première semaine de la Mutualité. Cet évènement national, institué à l'initiative de l'ADPM (1) et de la FDPM (2), représentant les Petites et Moyennes Mutuelles avait pour but de présenter la vie et le rôle clé de la mutualité dans les territoires.

Santé : défendre les valeurs mutualistes

La Journée de clôture du 15 mars a réuni à la Maison de la Mutualité à PARIS, les portes paroles des principaux candidats à l'élection présidentielle. Ces derniers sont venus exposer leur vision de l'organisation de notre système de soins et le rôle dévolu aux mutuelles santé. Plusieurs intervenants du monde médical, économistes et représentants des patients sont intervenus entre chaque présentation.

Leurs messages ont été clairs : continuer à défendre les valeurs mutualistes alors que les mutuelles sont entrées dans le giron des directives européennes et obéissent à présent aux mêmes techniques de gestion que les sociétés d’assurances. La mutualité est un terme qui ne doit pas être galvaudé. Ses responsables ont insisté sur son rôle, celui d’offrir un 2ième niveau de protection sociale pour un financement intégral de l’offre de soins, à l’exception des dépenses somptuaires. Les vraies mutuelles ont une mission de service public là où c’est nécessaire et doivent rester impérativement à proximité des patients.

Parmi les autres points abordés figure les limites de la technocratie. Selon les participants, c’est l’échec de la gouvernance du système de santé, trop centralisé, qui est à l’origine des déserts médicaux aussi bien en ville qu’à la campagne. « Il y a 20 ans, l’administration a décrété qu’il y avait trop de médecin, d’où le numérus clausus et l’accompagnement des départs en retraite des professionnels avant 65 ans » ont rappelé les participants, une situation qui, selon eux, peut nous amener à une crise sanitaire majeure.

Jean -Louis Span, Président de l'ADPM/FDPM n’a pas mâché ses mots à l’encontre des décideurs des politiques de santé qui selon lui n’ont apporté aucune réponses positives aux patients, aux professionnels de santé et aux organismes assureurs ». Jean-Louis Span demande aux pouvoirs publics « de se contenter d’avoir une vision générale en protégeant les données de santé, en s’occupant des questions de consommation, et d’éducation, et d’écouter ceux qui sont sur le terrain tous les jours ». L’heure d’une vraie concertation est venue a-t-il conclu

Santé : des thématiques communes à tous les candidats à la présidentielle

Les interventions des porte-paroles des candidats ont fait ressortir un consensus relatif sur la situation du système de soins français. Les remèdes proposés sont même dans bien des cas assez proches.

Ainsi tous les candidats présents constatent les inégalités territoriales dans l’accès aux soins. La thématique des déserts médicaux semblent faire recette avec à la clé, la promesse de favoriser le développement des maisons de santé. L’envoie des médecins dans les zones « sinistrées » pourra se faire selon les politiques de manière plus ou moins coercitive (service civique imposé pour les uns, incitations à l’établissement pour d’autres).

Tous les candidats penchent pour une révision de la formation des médecins en adaptant le numerus clausus, un mécanisme qui, comme l’indiquent les candidats, privent des jeunes d’étudier la médecine en France et vident les autres pays européens en médecins.

Le thème de la prévention est aussi présent dans tous les programmes avec des propositions ciblées (bilans de santé réguliers) ou des actions plus larges sur la nutrition et l’éducation. Une idée revient souvent : celle de redonner ses lettres de noblesse à la médecine scolaire en revalorisant la fonction.

Les dépassements d’honoraires sont aussi dans le collimateur de tous les candidats. Les complémentaires santé et plus exactement les nouveaux plafonds de remboursement des contrats responsables sont systématiquement pointés du doigt. La vieille idée : moins on rembourse, moins on consomme ne marche pas a-t-il été rappelé.
Sans surprise les différences entre les candidats se jouent sur la place des complémentaires santé et les politiques sociales d’accompagnement. Le cas de l’Aide médicale d’Etat, notamment, divise les politiques.

Sur le système de santé en général, une distinction s’opère aussi entre ceux qui plaident pour une réforme en profondeurs, tant le système irait mal et ceux qui souhaitent des ajustements pour ne pas bouleverser une architecture d’ensemble, basée sur la solidarité, qui continuerait de faire ses preuves.

Reste la question du financement des mesures : être politiquement correct suppose de respecter le triptyque : « rembourser mieux, dépenser mieux et sans augmenter les cotisations ». L’idée de jouer sur la qualité des soins et de la prévention pour réduire les coûts est présente chez tous les candidats. Certains mettent aussi en avant une meilleure définition du partage des données entre régime de base et complémentaires santé. Il en est de même pour la chasse au gaspillage. Il est beaucoup question, par exemple, de vente de médicaments à l’unité.

Santé : les principales propositions des candidats à la présidentielles

Mickael Ehrminger pour Marine Le Pen, Olivier Véran pour Emmanuel Macron, Eric Woerth pour François Fillon, Alfred Spira pour Benoît Hamon et Laurent Jacobelli pour Nicolas Dupont Aignan. (Le porte-parole de la France Insoumise était invité au débat mais n’a pas pu s’y rendre).

Mickael Ehrminger porte-parole du Front National

Sur les déserts médicaux : relever le numérus clausus pour les médecins partout où cela se justifie ; organiser les stages d’internes en médecine dans les déserts médicaux avec en soutien la création d’un service civique de santé. Développer les maisons de santé dans les zones sous-dotées en médecins ; instaurer des délégations de tâches entre les professionnels de santé ; développer la télémédecine.  

Sur les complémentaires santé : mieux encadrer les assurances en abrogeant les plafonds de remboursements.

Sur l’Aide Médicale d’Etat (AME) : remplacer l’AME avec prise en charge en cas d’urgence vitale ou de risques épidémiques.

Sur l’hôpital : Prendre réellement le virage ambulatoire ; augmenter le traitement des praticiens hospitaliers.

Sur la recherche : passer le budget public de 0,8 % du PIB aujourd’hui à 1 % ; augmenter les déductions fiscales pour les dons ; créer un fonds 100 % public de financement de l’innovation en santé.

Sur la perte d’autonomie et le handicap : créer une nouvelle branche de la Sécurité sociale pour la perte d’autonomie ; reconnaître les aidants familiaux en donnant 1 trimestre supplémentaire de retraite pour 5 trimestres passés auprès d’une personne dépendante ; augmenter de 200 euros par mois de l’Allocation aux adultes handicapés ; aider la création d’entreprises par les personnes handicapées.

Olivier Véran, porte-parole de « En marche »

Sur la prévention : révolutionner la prévention avec un budget pour développer une véritable éducation à la santé ; mettre en place un service sanitaire de 3 mois pour les 40 000 étudiants en santé afin de mener des actions de prévention (exemple lutte contre le tabagisme, apprentissage des gestes pour éviter de se blesser dans les entreprises).

Sur les déserts médicaux : accompagner les médecins qui veulent s’installer dans les déserts médicaux, mais sans mesures coercitives, là où c’est nécessaire ; aider à la mise en place des maisons de santé pluridisciplinaires comme pour la télémédecine. Régler le problème du numérus clausus en investissant de nouveaux terrains de stage pour les internes.

Sur les remboursements : aucun déremboursement de soins utiles sur les 5 ans ; réduire sur 5 ans les restes à charge sur l’optique, le dentaire et les audioprothèses auditives utiles ; mise en place d’un tiers payant généralisable (et non généralisé) ; faire adhérer les professionnels au tiers payant et à la télémédecine ; renforcer le droit à l’oubli partout où c’est possible.

Sur l’organisation des soins : travailler en ville sur une meilleure répartition du temps médical et paramédical ; renforcer la coopération entre professionnels médicaux et paramédicaux ; développer des groupements hospitaliers de territoire.

Sur les complémentaires : travailler à la mise en concurrence des complémentaires avec l’instauration de contrats types.

Sur les médicaments : favoriser la vente de médicaments à l’unité pour éviter un gâchis estimé à 7 milliards d’euros par an estimés.

Eric Woerth – porte-parole des Républicains

Sur la prévention : insister sur la prévention ; réhabiliter la médecine scolaire et mettre en place une consultation de prévention régulière tous les deux ans avec les patients mieux payée

Sur l’accès aux soins : permettre à tous les niveaux l’accès aux soins et l’installation des médecins avec un numérus clausus régionalisé ; développer les maisons de santé et intercommunales de garde ; accélérer le développement de la télémédecine et mieux rembourser les actes ; développer tous les parcours de soins en décloisonnant ce qui relève la médecine de ville et de hôpital ; revenir sur le dossier médical partagé ; aller vers la transparence totale dans la qualité des établissements de santé.

Sur les remboursements des complémentaires: revoir le partage entre la Sécurité sociale et les complémentaires santé pour une prise en charge plus efficace ; associer les complémentaires  aux discussions avec la Sécurité sociale et les médecins ; en finir avec le principe du payeur aveugle pour les complémentaires santé en donnant accès aux données de santé de façon anonyme ; reconcentrer l’offre de soins de la Sécurité sociale pour les lunettes des enfants de moins de 16 ans ; revenir sur les dépassements d’honoraires avec un nouveau partenariat avec les complémentaires en redéfinissant les contrats responsables ; créer une agence de garantie des dépenses solidaires de santé pour veiller à la clarté de la concurrence qui statuera sur la répartition des remboursements et des couts de gestion (elles précisera le partage des remboursements entre complémentaires et Sécurité sociale, veillera aux frais de gestion). Pour les seniors développer l’aide acquisition de complémentaire santé.

Sur la médecine libérale : protéger la qualité de la médecine libérale ; revenir sur plafonnement des dépassements d’honoraires ; revenir sur le tiers payant sur l’obligation du tiers payant.

Sur l’hôpital : donner plus d’autonomie de liberté de gestion à l’hôpital, diminuer le recours aux urgences injustifiées et redéployer les lits d’hôpitaux en France ; garantir la place que les établissements privés de santé privé mérite.

Sur les dépenses de santé : ramener l’ONDAM à un niveau inférieur à 2 % soit 20 milliards sur 5 ans et ramener la Sécurité sociale à l’équilibre sur 5 ans ; faire en sorte que les patients prennent mieux leurs médicaments et le mauvais recours aux prescriptions.

Sur l’AME : supprimer l’AME tout en faisant en sorte que les personnes soient soignés mais pas dans ces conditions.

Alfred Spira, porte-parole du Parti Socialiste

Sur la prévention : Se préoccuper des conditions de travail ; éduquer à la prévention à l’école, faire porter les efforts sur la nutrition et les activités favorables à la santé (sport) ; interdire les lobbies dans l’école ; rembourser l’activité physique pour les patients atteints de maladies chroniques ; avoir une vraie politique en matière de vaccin.
Le budget prévention doit apparaitre clairement dans la Loi de financement de la Sécurité sociale et doit être protégé par une règle d’or. Cette politique globale doit être menée avec la participation des patients.

Sur la lutte contre les déserts médicaux. Mettre en place une série d’actions de soutien à l’échelle territoriale avec les responsables locaux et les usagers. En zone surdoté, la pratique de la médecine déconventionée ne doit pas faire l’objet d’une acceptation automatique.

Sur les aides médicales : l’AME, la CMU-C et l’ACS sont des dispositifs qui doivent être simplifiés et bénéficier d’une automaticité des droits.

Sur les remboursements : Suppression des franchises médicales obligatoires.

Sur la politique de santé : donner une place primordiale de la puissance publique avec une représentation des patients obligatoire à tous les niveaux de prise de décision.

Laurent Jacobelli porte-parole de Debout la France

Sur la prévention : jouer sur le comportement et le mode de vie pour lutter contre les maladies chroniques ; être exigeant sur l’encouragement à une meilleure consommation alimentaire ; revaloriser la médecine scolaire et amener à un bilan de santé dès 40 ans avec un suivi au-delà.

Sur les déserts médicaux : utiliser tout ce que la technique permet pour garder le contact avec les patients en zones médicales sous-dotées ; avoir une meilleure utilisation des nouvelles technologies et organiser des relais avec d’autres professionnels comme les pharmaciens.

Sur la politique de remboursement : améliorer les soins de base par le remboursement des prothèses auditives tous les 5 ans et des lunettes tous les 4 ans ; supprimer le tiers payant obligatoire et augmenter la consultation à 35 euros pour les généralistes.

Sur la dépendance et fin de vie : favoriser le maintien à domicile, augmenter les effectifs en EHPAD ; aider les aidants familiaux sous forme d’avantages fiscaux.

(1) Association Diversité Proximité Mutualisme

(2) Fédération Diversité Proximité Mutualiste

L’ADPM/FDPM, comprend une centaine de mutuelles adhérentes de petites et moyennes mutuelles. Son siège social est à Montpellier. Elle a pour mission de défendre et promouvoir le particularisme des petites et moyennes mutuelles.

 

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