Santé des professeurs et cours non remplacés : la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme
Fatigue professionnelle, arrêts maladie en hausse, heures de cours non assurées : la Cour des comptes dresse un constat préoccupant sur l’état du système éducatif. Dans un récent rapport, l’institution pointe les fragilités croissantes de l’Éducation nationale, à la croisée de la santé des enseignants et de l’organisation des remplacements, avec des conséquences directes pour les élèves.
Pourquoi toutes ces absences ?
Le rapport de la Cour des comptes intitulé « Le temps d’enseignement perdu par les élèves au collège » met en lumière une évolution préoccupante : les absences des professeurs dans le secteur secondaire ont notamment augmenté pour raisons de santé entre 2024 et 2025.
29,3 % des absences le sont pour cette raison. Parmi les autres, le rapport avance les explications suivantes :
- 15,5 % en raison d’une formation, d’un concours ou d’une validation des acquis de l’expérience,
- 15 % liées à un accompagnement ou à une action éducative.
- 12,7% pour des congés (congé annuel, congé mobilité, récupération, etc.)
- 6,7% pour des évènements familiaux.
D’autres raisons peuvent également expliquer ces absences : examens, réunions pédagogiques, syndicalisme… Celles-ci restent cependant marginales.
Mais ce qui ressort de cette étude, et malheureusement avec beaucoup de gravité, c’est la dégradation de la santé des professeurs. « Les congés de maladie ordinaires ont augmenté de 41,3 % entre 2018-2019 et 2023-2024, et les temps partiels thérapeutiques ont explosé avec une hausse de 250 % sur la même période », souligne la Cour des comptes.
Parmi ses recommandations, l’institution préconise de « renforcer sans délais la politique de prévention » en matière de santé, « en particulier des risques psychosociaux ».
Des heures de cours pas assez remplacées
En raison de toutes ces absences, et notamment celles pour raisons médicales, 10,3 millions d’heures d’enseignement n’ont pas été assurées en 2023-2024 dans les collèges publics, soit 9 % des heures, indique le rapport.
La hausse des crédits consacrés au remplacement (+ 52 % depuis 2018 dans le second degré public) ne s’est « pas traduite par une réduction significative du temps d’enseignement perdu », a souligné la Défenseure des droits Claire Hédon lors de la présentation de ce rapport.
Parmi les principales difficultés rencontrées :
- Pénurie de remplaçants dans certaines disciplines ;
- Délais trop longs pour mobiliser des solutions ;
- Organisation encore trop rigide au niveau local.
Pour les élèves, ces heures non assurées ne sont pas neutres. Elles désorganisent les apprentissages, fragilisent la continuité pédagogique et accentuent parfois les inégalités entre établissements.
La Cour des comptes appelle donc à assouplir la gestion des ressources humaines dans le secteur de l’enseignement, afin « d’attirer » et de « fidéliser » davantage de professionnels.

Bilan contrasté entre remplacements de courte et de longue durée
Le rapport souligne une progression mesurée du remplacement de courte durée, essentiellement sur le plan quantitatif. Après un niveau très faible en 2022-2023, l’efficacité du dispositif a progressé au cours des exercices suivants, pour atteindre près de 12 % à l’échelle du second degré public en 2024-2025, avec un résultat légèrement supérieur dans les collèges.
Cette amélioration reste toutefois relative et ne saurait masquer les fragilités persistantes du système. Au-delà du simple fait de « remplacer », la Cour des comptes attire l’attention sur la qualité réelle des enseignements assurés et sur leur articulation avec le travail pédagogique initial.
Elle souligne ainsi que « les risques de discontinuité pédagogique paraissent réels, tels que l’absence de cohérence entre les enseignements dispensés avant et pendant le remplacement, ou bien d’éventuelles difficultés de relations entre les élèves et des intervenants qu’ils ne connaissent pas ou peu » peut-on lire.
En réaction à ce rapport, le ministère de l’Éducation indique que « la Cour des comptes confirme un diagnostic que nous ne minimisons pas : trop d’heures de cours restent perdues au collège ».