Retraite des personnels navigants (pilotes, hôtesses et stewards) : la Cour des comptes alerte sur l’avenir de la CRPN

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Retraite des personnels navigants (pilotes, hôtesses et stewards) : la Cour des comptes alerte sur l’avenir de la CRPN

La Cour des comptes a publié, le 10 décembre 2025, un rapport très attendu sur la Caisse de retraite du personnel navigant professionnel de l’aéronautique civile (CRPN). Ce régime de retraite complémentaire, unique dans le secteur privé, offre des avantages importants aux pilotes, hôtesses et stewards.

Mais selon les magistrats financiers, son équilibre et sa gouvernance doivent être rapidement modernisés pour garantir sa pérennité. Décryptage.

Un régime de retraite à part dans le paysage social

La CRPN gère le régime de retraite complémentaire obligatoire des personnels navigants techniques (principalement les pilotes) et commerciaux (hôtesses de l’air et stewards).

Contrairement à tous les autres salariés du privé, ces professionnels ne cotisent pas à l’Agirc-Arrco pour leur retraite complémentaire : ils relèvent d’un régime autonome, créé pour tenir compte des contraintes spécifiques du métier aérien.

En 2024, la CRPN comptait environ 36 000 cotisants actifs et 25 000 retraités, pour un total de 443 employeurs, dont le groupe Air France représente près des deux tiers des cotisations versées.

Des avantages importants… mais coûteux

Le régime de la CRPN est particulièrement favorable à ses affiliés. Les personnels navigants peuvent, sous conditions, liquider leur retraite complémentaire dès 50 ans, bien avant l’âge légal de la retraite de base.

Autre spécificité : la prestation dite de « majoration ». Versée au plus tôt à partir de 55 ans, elle vise à compenser l’absence de pension de retraite de base du régime général tant que l’assuré n’a pas atteint l’âge légal. Cette prestation, sans équivalent dans les autres régimes de retraite complémentaire, a été renforcée à la suite de la réforme des retraites de 2023 : son versement est désormais prolongé jusqu’à 64 ans et son montant peut, sous certaines conditions, être doublé entre 62 et 64 ans.

Résultat : les pensions versées par la CRPN sont nettement supérieures à celles servies par l’Agirc-Arrco, et l’âge de départ à la retraite reste plus précoce. En moyenne, les navigants commerciaux partent à 58,5 ans et les pilotes à 62 ans, contre 63,4 ans pour l’ensemble des assurés du régime général.

Un déficit structurel masqué par des réserves élevées

Ce niveau de prestations a toutefois un coût élevé. Depuis plusieurs décennies, le régime connaît un déficit technique structurel, lié à un déséquilibre démographique : le nombre de retraités progresse plus vite que celui des actifs.

Si la situation reste aujourd’hui sous contrôle, c’est grâce à des réserves financières très importantes, qui atteignaient 5,1 milliards d’euros fin 2024, et à de bons rendements financiers. Mais la Cour des comptes met en garde : la vague de départs à la retraite attendue dans les prochaines années devrait entraîner une consommation rapide de ces réserves, exposant le régime à des risques économiques et démographiques.

Une gouvernance jugée déséquilibrée

Au-delà des enjeux financiers, le rapport pointe des faiblesses majeures dans la gouvernance de la CRPN.

La tutelle de l’État est limitée, le conseil d’administration concentre des pouvoirs très étendus, et le directeur général ne dispose d’aucune autonomie réelle. Cette organisation favorise une immixtion excessive des administrateurs dans la gestion, à l’origine de pratiques jugées irrégulières ou inefficientes.

La Cour relève également :

  • Une sous-représentation des personnels navigants commerciaux et des femmes au conseil d’administration ;
  • Des règles électorales plus contraignantes pour les actifs que pour les retraités ;
  • Des manquements aux règles de déontologie, notamment en matière de conflits d’intérêts et de remboursements de frais.

Des coûts de gestion en hausse

La CRPN emploie 90 salariés en équivalent temps plein en 2024, un effectif en hausse de 25 % depuis 2019. Rapporté au nombre d’affiliés, ce ratio est plus de deux fois supérieur à celui d’autres caisses de retraite complémentaire.

Malgré cette augmentation des effectifs, la caisse continue de recourir largement à des prestataires extérieurs, notamment pour la gestion financière, comptable et le contrôle interne. La Cour regrette une maîtrise insuffisante de la commande publique et des procédures de contrôle encore incomplètes.

Un service globalement satisfaisant pour les assurés

Sur le plan opérationnel, le constat est plus nuancé. La Cour souligne la bonne qualité du service rendu aux employeurs et aux affiliés : recouvrement efficace des cotisations, faible taux d’erreur dans le calcul des pensions et accompagnement de proximité.

En revanche, des retards dans la validation des droits ont entraîné une hausse des liquidations provisoires, et la lutte contre la fraude reste limitée faute de cadre juridique adapté.

Une réforme devenue indispensable

La Cour des comptes reconnaît les spécificités légitimes du régime des personnels navigants, mais estime que la générosité de ses paramètres, combinée à une gouvernance insuffisamment équilibrée, menace sa soutenabilité à moyen terme.

Elle appelle à une modernisation rapide du pilotage, du contrôle interne et de la gouvernance de la CRPN, afin de préserver durablement un régime aussi singulier que précieux pour les professionnels de l’aérien.

Dans cette perspective, la Cour des comptes formule neuf recommandations. Les recommandations n° 2 à n° 8 portent principalement sur la réforme de la gouvernance de la caisse : rééquilibrage des pouvoirs, clarification des rôles entre conseil d’administration et direction générale, renforcement des règles déontologiques et amélioration des dispositifs de contrôle.

Deux recommandations retiennent tout particulièrement l’attention par leur portée structurelle :

  • Recommandation n° 1 : adapter les paramètres du régime afin de garantir sa pérennité à long terme. Cette recommandation ouvre la voie à une réflexion sur les conditions d’âge, les modalités de liquidation ou encore le niveau des prestations, afin de mieux tenir compte des évolutions démographiques et financières.
  • Recommandation n° 9 : examiner l’opportunité et les conditions d’une extension des missions du réseau des Urssaf au recouvrement et au contrôle des cotisations du régime de retraite complémentaire des personnels navigants, ainsi qu’au contrôle de l’affiliation à ce régime. Une telle évolution permettrait de renforcer la lutte contre les anomalies et d’harmoniser les pratiques avec celles des autres régimes de retraite.

Pour la Cour des comptes, ces évolutions constituent un préalable indispensable à la sécurisation financière et institutionnelle de la CRPN, dans un contexte marqué par une forte montée en charge des départs à la retraite et une utilisation croissante des réserves.

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