Reste à charge zéro : « il ne faut pas mettre l’optique, le dentaire et l’audioprothèse sur le même plan »

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Reste à charge zéro : « il ne faut pas mettre l’optique, le dentaire et l’audioprothèse sur le même plan »

Lancé en fin janvier, le chantier du reste à charge zéro pour les soins dentaires, l’optique et les équipements en audioprothèses a donné lieu à de nombreuses réactions de la part des professionnels (lire notre dossier spécial reste à charge zéro).

Laurent Ouazana, président du directoire de la société de courtage grossiste Ciprés Assurances, pense qu’il est difficile de traiter les trois risques en même temps et estime que le dentaire devrait être la priorité compte tenu des enjeux de santé publique en misant d’abord sur le remboursement des implants plutôt que des prothèses. Il considère par ailleurs qu’il y a urgence pour les audioprothèses.

Previssima : Comment aborder vous en tant que concepteur et gestionnaire de contrats d’assurances le dossier du reste à charge zéro ?

Laurent Ouazana. Sur le fond, le principe ne nous dérange pas. Encore faut-il que la réforme ne vienne pas compliquer la donne actuelle. Il conviendrait de prendre un peu de hauteur en évitant de penser, comme à chaque fois, qu’il suffit de tordre les contrats d’assurance responsables pour faire plier les professionnels de santé sur leurs tarifs.
C’est pourtant ce qui risque de se produire avec l’élaboration d’un nouveau cahier des charges sur ce type de contrat.

Par ailleurs, l’exercice du reste à charge zéro présente selon nous un écueil : celui de vouloir mettre sur le même plan trois risques différents : l’optique, le dentaire et l’audioprothèse. Or, décider de changer de lunettes n’est pas la même chose que de devoir se faire extraire une dent. D’un côté on parle d’équipement et de l’autre, de soins nécessaires, en sachant qu’il y a une forte corrélation entre l’hygiène dentaire et d’autres pathologies plus graves et plus couteuses pour tous.

Voilà pourquoi il serait peut-être préférable de faire porter les efforts sur le dentaire plus que sur l’optique.

Pour les soins dentaires, le sujet est-il bien appréhendé ?

Pour le dentaire, le reste à charge zéro va se heurter à la difficulté du bon niveau de remboursement, car le prix d’une prothèse peut varier aujourd’hui du simple au triple, ce qui, il est vrai, n’est pas tout à fait normal.

Une fois de plus, il aurait été préférable, à notre avis, d’aller plus loin dans la réflexion en ciblant un peu mieux les remboursements. Actuellement, l’espérance de vie d’une couronne est de 5 ans et celle d’un implant de 15 ans. Aussi, ne devrait-on pas faire porter l’effort du reste à charge zéro sur les implants ? Ces derniers couteront en effet plus chers au moment de la pose, mais ils auront une durée de vie plus longue qui sera source d’économie dans le temps. Cet arbitrage entre court terme et long terme n’a pas été à notre sens bien appréhendé.

Concernant l’optique, comment se dessine selon vous les futures offres ?

Transférer dans les conditions actuelles la charge de remboursement aux complémentaires santé, c’est-à-dire un peu plus de 4 milliards d’euros, entraînera inévitablement une hausse des cotisations, sauf à baisser, comme le propose notamment la Mutualité française la taxe sur les conventions d’assurance ou revoir la couverture maladie universelle.

Les négociations vont se jouer sur le niveau esthétique et la qualité des montures. Une chose semble acquise, le gouvernement l’a d’ailleurs laissé entendre, le reste à charge zéro ne concernera pas les « produits de luxe ». Dans ces conditions, il y a fort à parier que les opticiens feront tout pour proposer des montures plus chères que celles correspondant à l’offre du reste à charge zéro.

Pour les verres, la difficulté se portera sur les remboursements pour les fortes dioptries, soit 20 % des corrections, pour lesquelles le reste à charge zéro sera difficile à tenir sans augmentation des tarifs.

Pour l’audioprothèse, y-a-t-il urgence ?

Oui car il y a une vraie injustice. Les audioprothèses bénéficient d’un très bon niveau de remboursement jusqu’à 16 ans puis subissent une hausse importante du reste à charge au-delà. Le coût devient alors exorbitant alors que la fréquence des risques est faible. Le travail sur le niveau de remboursement de l’audioprothèse est surement le plus justifié et le plus urgent.

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