Réforme des retraites : un chantier titanesque sur un horizon de 18 mois

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Réforme des retraites : un chantier titanesque sur un horizon de 18 mois

« Au moment où la période de concertation s’ouvre avec l’ensemble des acteurs sociaux, nous avons fait le choix d’un colloque avant tout pédagogique qui en annonce d’autres, le moment venu, lorsqu’on en saura plus sur les intentions du gouvernement » a déclaré hier jeudi 19 avril, le président du Sénat Gérard Larcher, à l’occasion du lancement de la journée consacrée à la Réforme des retraites.

Eviter une réforme à la hussarde

Les intervenants des tables rondes ont tous exhorté le gouvernement à ne pas rater ce rendez-vous historique, dont Bernard Thibault, membre du conseil d'administration de l'Organisation internationale du Travail (1), qui a souligné que « c’est la première fois que l’on s’apprête à un tel bouleversement, c’est-à-dire à réaliser une réforme des retraites systémique, depuis 1945. »

Cela sous-entend qu’il faut prendre le temps, ce que bon nombre d’invités ont mis en avant, estimant qu’il n’y avait pas forcément un caractère d’urgence à s’attaquer à une telle transformation compte tenu des ajustements opérés par les dernières réformes de 2010 et de 2014. Le Haut-Commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye a d’ailleurs confirmé que « le système n’était pas malade. »

Revenant sur la volonté du Président de la République de créer un régime de retraite universel par répartition, Agnès Buzyn, Ministre des solidarités et de la santé, a aussi rappelé que les réformes passées ont permis aux Français de conserver un système de retraite comportant un niveau élevé de solidarité qui, pour autant, répond difficilement aux évolutions rapides de la société.

Se voulant, rassurante « il ne s’agit pas de réformer pour niveler par le bas », la Ministre a annoncé une concertation citoyenne sur la réforme d’ici à la mi-mai.

Une réforme éminemment politique

Gérard Larcher a pris soin de préciser qu’il croyait au rôle des corps intermédiaires et que rien ne pouvait se bâtir sans dialogue et concertation, dans le respect des interlocuteurs.

Un message repris par Jean-Paul Delevoye qui a déclaré que cette réforme est « éminemment politique », et dépasse le strict cadre des retraites. « Il s’agit de mettre en place un système universel qui doit renforcer la solidarité intergénérationnelle et faire en sorte que chacun se sente responsabilisé ».

Le Haut-Commissaire a martelé qu’il écoutera toutes les parties et que les travaux s’effectueront en toute transparence. « Si j’ai souhaité ce débat parlementaire très en amont, c’est pour éviter que vous arriviez les poches bourrées d’amendements pour dire : défendez ma caisse de médecins ! Touche pas à mon militaire ! Touche pas aux fonctionnaires ! »

Un calendrier tout de même serré

Le calendrier laisse toute l’année 2018 pour le dialogue et permettre que la loi soit débattue au cours du premier semestre 2019. Au-delà, une franchise d’application de 5 ans devrait être instaurée.

Les axes de concertation 2018 s’articuleront autour de 6 grands blocs de questions.

Jusqu’en juillet, seront abordés :

  • Le système cible et son périmètre
  • Les niveaux de couverture (l’idée d’englober 99 % des salariés et 95 % de la masse salariale a été évoquée avec une assiette de cotisation contributive sur 3 plafonds de la Sécurité sociale, soit 120 000 euros environ)
  • Les mécanismes de solidarité (maladie, maternité, chômage,…)

Dès septembre, trois autres thématiques seront débattues : l’ouverture des droits, les parcours professionnels spécifiques et enfin la gouvernance du régime.

Quant à l’état d’esprit de cette réforme, Jean-Paul Delevoye a été clair, « nous ne chercherons pas à stigmatiser tel ou tel régime. J’entends bien un certain nombre vouloir du sang sur les murs en essayant de sacrifier sur l’hôtel du buzz populaire les régimes de fonctionnaires ou les régimes spéciaux. ».

Enfin, Jean-Paul Delevoye veut mener une réforme positive pour en finir avec la perception des Français que « toutes les réformes sur les retraites sont anxiogènes, punitives, et régressives ». C’est peut-être là le vrai défi.

(1) Ancien secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT)

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