Réforme des retraites : « L’âge de départ est un faux débat, il faut être vigilant sur la valeur du point »

PUBLIÉ LE :
Réforme des retraites : « L’âge de départ est un faux débat, il faut être vigilant sur la valeur du point »

En phase d’élaboration depuis plus d’un an, le futur régime des retraites s’annonce comme un véritable big bang réformiste. Depuis les annonces faites par Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle - faire converger les 42 régimes de retraite en un seul - le gouvernement travaille avec les partenaires sociaux à créer un système universel où un euro cotisé donnerait les mêmes droits, quel que soit le statut du cotisant.

Nommé Haut-commissaire à la réforme des retraites, en septembre 2017, Jean-Paul Delevoye mène les travaux préparatoires de ce chantier titanesque sous la forme d’une concertation sociale.

Depuis octobre 2018, les grandes lignes sont connues : le nouveau système universel en points entrerait en vigueur en 2025 ; la première génération concernée serait celle de 1963 ; le nouveau système fonctionnerait toujours par répartition ; l'âge minimal légal demeurerait à 62 ans. Sur ce dernier point toutefois, les récentes déclarations du gouvernement ont jeté une ombre. Plusieurs annonces équivoques du Premier ministre, notamment en ce qui concerne le financement de la dépendance, ont poussé le Haut-commissaire à la réforme à le réaffirmer : l’âge légal de la retraite ne sera pas modifié malgré la « polyphonie gouvernementale » !

Mais est-ce vraiment le sujet ? Difficile d’évaluer à ce jour, les effets de cette réforme d’ampleur. Pour Didier Clareboudt, Directeur Épargne Retraite chez Verspieren, Courtier en assurances, deux points doivent attirer notre vigilance :

  • Le taux de rendement du futur régime
  • La suppression de l’appréciation de carrière sur les 25 meilleures années

Previssima – Le débat a été relancé tout récemment, le gouvernement va-t-il reculer l’âge de la retraite ?

Didier Clareboudt - Il s’agit d’un faux débat. En réalité, l’âge légal de départ en retraite n’a plus vraiment d’importance dans un système de retraite en points. Il suffit de fixer l’équilibre économique entre « achat du point » et « valeur de service du point » à un âge donné et y appliquer des coefficients d’anticipation ou d’ajournement, qui minorent ou majorent les droits en fonction de la date de mise en paiement de la retraite.

La vigilance doit plutôt être portée sur la valeur de service du point et plus particulièrement sur le futur taux de rendement du régime universel. Il s’agit du rapport entre la valeur d’achat du point et la valeur de service du point.

La valeur d’achat du point détermine le nombre de points acquis grâce au versement de la cotisation retraite. La valeur de service du point permet de calculer le montant de la prestation retraite qui sera versé à l’assuré.

Le taux de rendement indique le montant de la pension retraite obtenue pour 100 € cotisés. Par exemple, avec un taux de 7 %, l’assuré obtient 7 € de pension sur une cotisation de 100 €.

Dans le système de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, qui fonctionne en points, ce taux est actuellement de 6,50 % (hors taux d’appel 127 %), mais on peut imaginer qu’il sera plus faible dans le futur régime universel, peut-être autour de 5 %, et cette rentabilité peut fléchir dans le futur, en fonction des équilibres économiques et démographiques.

La modification de ce paramètre pourrait entraîner une diminution des pensions de 15 % à 20 %, or on ignore encore quelle sera sa valeur.

Y a-t-il d’autres points de vigilance ?

Pour moi, la baisse du montant des pensions sera vraisemblablement accentuée, pour les salariés et les travailleurs indépendants bénéficiaires du régime de base, par la suppression de l’appréciation des 25 meilleures années de carrière.

Actuellement dans le régime général des salariés, le montant de la pension de retraite de base s’établit à partir du salaire annuel moyen du salarié, calculé sur les 25 meilleurs salaires annuels perçus.

La suppression du critère des 25 meilleures années pénalisera notamment le salarié qui a eu une progression de salaire importante pendant sa carrière et qui finit avec un salaire annuel proche du Plafond de la sécurité sociale (40 524 € en 2019).

Dans le système actuel, un salarié qui cotise sur un salaire annuel de 40 000 € sur la deuxième partie de sa carrière (20-25 ans) et qui prend sa retraite à taux plein (50 %), aura un salaire annuel moyen de 40 000 € et par conséquent une pension de retraite de base de 20 000 € par an (50 % de 40 000 €).

Dans le futur système universel en points, sa pension n’est plus calculée sur les 25 meilleures années de carrière, mais sur le nombre de points acquis. Or ce paramètre sera très différent entre le début de sa carrière (salaire à 20 000 € par an) et la fin de sa carrière (salaire à 40 000 €).

Que pensez-vous de cette réforme des retraites ?

Étant donné les baisses de pensions qu’elle engendrera, je pense que cette réforme du gouvernement vise à inciter les gens à se constituer des retraites dans des systèmes personnels par capitalisation.

Dans cet optique, la future réforme des retraites est à mettre en parallèle avec la loi PACTE, pour la transformation et la croissance des entreprises, qui vient d’être définitivement adoptée à l’Assemblée nationale et qui constitue un témoin lumineux de la volonté du gouvernement.

En effet, la loi PACTE, tournée vers l’épargne salariale et l’épargne retraite, met en place toute une série de mesures simplifiant le système, son utilisation et sa fiscalité.

L’État envoie un message très clair qui est : il y aura une retraite de base, mais face à la faiblesse des pensions, les assurés ont tout intérêt à se constituer une épargne retraite personnelle.

Enfin, demeure une inconnue de taille : les régimes spéciaux et ceux des fonctionnaires seront-ils en définitive concernés ? La perte pour leurs bénéficiaires serait bien plus significative.

On perçoit de nombreuses zones d’ombre dans cet énorme chantier qui n’a pas fini d’alimenter nos chroniques.

Cet article issu de Previssima.fr est soumis au droit d'auteur, protégé par un logiciel anti-plagiat. Toute reproduction, rediffusion ou commercialisation totale ou partielle du contenu, sans l’autorisation expresse de la société Previssima, est interdite. Les informations diffusées sur Previssima.fr (hors forum, commentaires et annuaire) sont toutes vérifiées par un service juridique spécialisé. Toutefois, Previssima ne peut garantir l'exactitude ou la pertinence de ces données. L'utilisation des informations et contenus disponibles sur l'ensemble du site ne peuvent en aucun cas engager la responsabilité de Previssima.