Réforme des retraites : à l’aube de la grève, qu’en pensent les syndicats ?

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Réforme des retraites : à l’aube de la grève, qu’en pensent les syndicats ?
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Les partenaires sociaux ont été reçus par Édouard Philippe les 25 et 26 novembre. Chacun des présidents et secrétaires généraux des principales organisations syndicales et patronales ont pu échanger individuellement avec le Premier ministre sur les modalités du projet de régime universel de retraite. L’enjeu est fort : il s’agit des derniers entretiens avant la grève générale du 5 décembre prochain.

Qu’ont pensé les partenaires sociaux de leur discussion à Matignon ?

Geoffroy ROUX de BÉZIEUX, président du MEDEF : Sur la question du déficit du système de retraite, le président du Medef rejoint la position du gouvernement et estime qu’il faut atteindre l’équilibre avant l’entrée en vigueur du futur système « universel » de retraite. Cette condition est nécessaire, selon lui, pour « atteindre l’équité » et pour la bonne mise en œuvre de certaines mesures prévues dans le rapport Delevoye, notamment la pension de retraite de 1 000 € minimum pour tous. S’agissant de la grève du 5 décembre, il estime qu’elle est « essentiellement une défense des régimes spéciaux ». En effet, « le problème à résoudre n’est pas dans le privé, mais dans le public » a-t-il affirmé, ne voyant pas, pour l’instant, de « mouvement de grande ampleur » dans le secteur privé.

Cyril CHABANIER, président de la CFTC : S’il n’est pas contre le régime universel par points, « largement partagé à la CFTC », le président de la CFTC estime que le gouvernement ne doit pas franchir certaines « lignes rouges », à savoir ne pas toucher à l’âge légal fixé à 62 ans, ou encore ne pas demander aux personnes qui atteindront 62 ans en 2025 de travailler « une année ou deux supplémentaires ». Pour le moment, il n’appelle pas à la grève du 5 décembre, laissant les syndicats libres de leur choix. Cependant, la CFTC ne « s’interdirait pas de rejoindre le mouvement de grève » si une « réforme paramétrique » était annoncée.

François ASSELIN, président de la CPME : Selon le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises, l’exécutif ne faiblira pas sur cette réforme des retraites, bien qu’il soit à « l’écoute sur la partie transition ». Interrogé à la fin de son entretien avec le Premier ministre, il affirme être contre la clause du grand-père, pour le maintien du départ anticipé pour carrières longues, et exclut les revendications des bénéficiaires des régimes spéciaux : « cette réforme des retraites ne [peut] être universelle pour certains et exceptionnelle pour d’autres ».

Laurent BERGER, secrétaire général de la CFDT : À l’issue de sa rencontre avec Édouard Philippe, Laurent Berger a affirmé être en faveur d’une réforme systémique à condition qu’elle soit « qualitative, de progrès et de justice sociale ». Il a fait part de ses exigences : le dispositif de départ en retraite progressive doit être conservé, la pénibilité reconnue, le minimum contributif à 100 % et les « dispositions [devront être] adaptées à la réalité de chacun des régimes existants »

Laurent ESCURE, secrétaire général de l’UNSA : Le secrétaire général de l’Union nationale des syndicats autonomes rappelle que le syndicat est particulièrement présent dans le secteur public et les régimes spéciaux, soit des secteurs particulièrement touchés par le régime universel. Il craint un « report des annonces concernant la réforme des retraites » après le 5 décembre et souhaiterait que le gouvernement prenne des « mesures spécifiques » rapidement pour ces salariés qui ont « bien vu que le gouvernement voulait qu’ils soient totalement perdants ». L’UNSA souhaite qu’il n’y ait pas de punis dans cette réforme, condition qui passe notamment par la garantie de 100 % des droits acquis, une transition protectrice et la prise en compte de la pénibilité.

Yves VEYRIER, secrétaire général de FO : Force ouvrière, qui se positionne contre le projet de réforme des retraites par points, appelle à reprendre « la réforme à zéro ». Plutôt que d’aller vers un régime universel, le secrétaire général souhaite améliorer le système de retraite actuel, qui n’est ni « complexe », ni « inéquitable ». Pour cela, le syndicat a rendu plusieurs propositions au Premier ministre, lesquelles « permettront d’offrir à chacun un niveau de revenu de remplacement décent et porteur de dignité, de préserver les avantages sociaux (…) et d’améliorer l’accès à des droits plus justes ». En attendant, FO appelle à la grève le 5 décembre prochain.

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Philippe MARTINEZ, secrétaire général de la CGT : Fondamentalement contre la réforme des retraites, Philippe Martinez estime que la seule porte de sortie possible est de « remettre les compteurs à zéro, qu’on ne parle plus de réforme à points, mais que l’on travaille à consolider notre système actuel ». Système actuel qu’il va jusqu’à qualifier de « meilleur du monde ». S’agissant du projet construit par M. Delevoye, il l’estime mensonger à plusieurs égards, notamment s’agissant des femmes et des plus précaires, qui seront selon lui les grands perdants si une telle réforme est adoptée. Le secrétaire général de la CGT s’attend à une grève massive début décembre, et appelle le gouvernement à arrêter de « jouer un bras de fer (…) et d’opposer les Français ».

Alain GRISET, président de l’U2P : Maintenir le dispositif des carrières longues, ne pas augmenter les cotisations, valoriser le cumul emploi-retraite… les revendications du syndicat U2P ont-elles été entendues par le Premier ministre ? « Nous avons bon espoir que ce soit pris en compte dans les prochaines annonces », s’est en tout cas félicité Alain Griset. Il affirme également qu’Édouard Philippe s’est engagé à travailler au sort des professions libérales afin qu’il y ait « des dispositifs adaptés » à chaque profession.

François HOMMERIL, président de la CFE-CGC : Le syndicat des cadres, dernier à être reçu par le Premier ministre, a exprimé à l’issue de son entretien « une très grande inquiétude » sur le projet de retraite universelle. La valeur du point fixé par l’État, qui laisse pressentir une baisse des pensions, et l’avenir des réserves constituées dans les différents régimes de retraite font partie de ses principales craintes. S’agissant de la grève à venir, la confédération s’y associe, tout en laissant « libre chacune de ses fédérations de donner un mot d’ordre ».

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