Quelle place au social et à la santé dans le programme des candidats aux Élections européennes ?

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Quelle place au social et à la santé dans le programme des candidats aux Élections européennes ?
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Création d’un SMIC européen, harmonisation des systèmes de Sécurité sociale, congé paternité, protection des travailleurs détachés… Quelles sont les propositions des candidats aux Élections européennes ?

Jeudi 11 avril, Public Sénat retransmettait le grand oral des candidats aux Élections européennes avec pour thème principal : l’Europe sociale de demain. Lors de cet évènement organisé par la Mutualité Française avec le soutien du Parlement européen, les 10 têtes de liste ont débattu sur des sujets concernant les questions sociales, la santé et l’environnement.

Pour défendre leur programme, ils ont pu s’appuyer sur les résultats d’une enquête, les attentes des Européens en matière de santé, réalisée par Harris interactive et commandée par la Mutualité Française. Elle révèle que si 85 % des Français s’estiment bien protégés par leur système de santé, ils font plus confiance à leur pays qu’à l’Europe pour améliorer ce système.

La République en marche (Nathalie Loiseau) : « la cohésion passe par la convergence sociale »

Pour l’ancienne ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, tête de liste de La République en marche (LREM) intitulée Renaissance, après la « première bataille » gagnée avec la directive sur les travailleurs détachés, il est nécessaire que la règlementation concerne aussi les cotisations sociales, en faisant en sorte qu’elles « reviennent au pays d’origine pour l’aider à converger ». Elle plaide également pour que la transition écologique ne provoque pas une hausse du chômage.

La proposition principale de la tête de liste du parti LREM est l’instauration d’un SMIC partout en Europe, revu chaque année, au minimum de 50 % du salaire médian.

Sur le congé paternité et plus généralement de l’égalité des sexes, Nathalie Loiseau se veut porteuse d’un « féminisme militant » et propose de créer une clause de « l’Européenne la plus favorisée » qui « alignerait la réglementation de chaque pays sur celle qui fonctionne le mieux ».

Parti communiste (Ian Brossat) : « Une harmonisation sociale par le haut »

Ian Brossat, tête de liste du Parti communiste (PC), regrette le libéralisme et les dogmes de l’austérité, notamment la règle des 3 % « au nom de laquelle on sacrifie la dépense », ainsi que la concurrence libre et non faussée. C’est pourquoi, il prône la fin des « traités libéraux actuels » afin « d’organiser un juste et équitable partage des richesses ». Affirmant que 3 000 milliards d’euros ont été versés aux banques, il souhaite que « cet argent aille aux services publics ».

Pour lui, une « ambition de civilisation » passe par une « harmonisation sociale par le haut » et la possibilité de refuser certains textes européens, via une « clause de non-régression sociale », lorsqu’ils portent « atteinte » aux conditions sociales.

La proposition principale du PC est également la mise en place d’un SMIC européen, de 60 % du salaire moyen. Selon la tête de liste du parti, cette mesure ne devrait pas désavantager les Français puisqu’elle porterait le montant du SMIC à 1 400 € net par mois, une somme supérieure à celle du SMIC actuellement en vigueur.

Enfin pour faire baisser les prix des médicaments et éviter que le lobby pharmaceutique ne « s’accapare les innovations », Ian Brossat se déclare favorable à une gestion européenne des médicaments.

Les Républicains (François-Xavier Bellamy) : « Apporter de l’équilibre dans la mondialisation »

Pour François-Xavier Bellamy, si l’Europe est nécessaire, il « faut changer la manière dans laquelle elle se construit ». Pour la tête de liste du parti des Républicains (LR), l’Europe restera dans le « moins-disant social » sans une vraie révision de la directive sur les travailleurs détachés qui comprendrait le paiement des charges sociales dans le pays d’accueil et non plus le pays d’origine.

« Garantir la compétitivité des entreprises » et « garder nos capacités de travail » sera le travail de l’Europe à qui il faudrait confier la « responsabilité d’apporter de l’équilibre dans la mondialisation ».

En ce qui concerne la santé et les congés parentaux, la tête de liste LR considère qu’ils doivent être gérés dans une politique nationale afin d’éviter la surrèglementation : « Je crois que c’est dans chaque État qu’il faut ajuster ces politiques de préventions. Culturellement, nous n’avons pas les mêmes références. »

La proposition phare du parti LR est l’ouverture d’un dialogue sur l’interdiction de la Gestation pour autrui (GPA) au niveau européen. Alors que certains États d’Europe l’autorisent, François-Xavier Bellamy garde une position conservatrice mettant en avant le principe « d’indisponibilité du corps humain » lié aux questions bioéthiques telles que les risques d’eugénisme : « Je crois que l’Europe est la bonne échelle pour parler d’une seule voix face à la Chine par exemple, chez qui nous savons qu’il y a une tentation eugénique réelle. »

En ce qui concerne l’environnement, il plaide pour une harmonisation des politiques d’interdiction des pesticides à travers une proposition de création « d’une barrière écologique aux produits que nous importons ».

La France insoumise (Manon Aubry) : « Sortir des traités »

« Délocalisations massives » et « dumping social » : face aux promesses de l’Europe sociale « non tenues », Manon Aubry, tête de liste de la France Insoumise (LFI), propose une harmonisation sociale par le haut, notamment des rémunérations. Le programme du parti prévoit donc l’instauration d’un SMIC européen équivalent à 75 % du salaire médian assorti de « critères de convergence ».

La proposition principale du parti est la sortie des traités européens qui sont des « freins et obstacles à la réalisation du projet politique » d’une Europe sociale. La candidate dénonce les dispositions qui « posent problème » telle que la règle des 3 % de déficit et souhaite que la France « pèse de tout son poids » dans un « rapport de force » en vue de mener une politique progressiste.

Par ailleurs, pour « protéger les emplois européens » mis « en danger avec le libre-échange », elle souhaite défendre un principe de « protectionnisme solidaire ».

Côté santé environnementale, la candidate de LFI est pour l’interdiction immédiate du glyphosate : « La France vient de valider l’autorisation de produire des pesticides qui sont interdits dans l’Union européenne. Il faut être cohérent. »

Enfin, pour les questions de fin de vie, la tête de liste de LFI plaide pour un « accompagnement accru » et l’ouverture d’un dialogue en faveur de la fin de vie assistée.

Parti socialiste – Place publique (Raphaël Glucksmann) : « Rétablir la confiance entre les citoyens et le projet européen »

Risque de dislocation en poursuivant une logique libérale et de marché ou « devenir une puissance protectrice » sont les deux voies qui s’offrent à l’Europe selon Raphaël Glucksmann, candidat du Parti socialiste – Place publique (PS).

S’appuyant sur la crise des Gilets jaunes et citant l’étude réalisée par Harris Interactive pour la Mutualité Française, la tête de liste du PS estime que la confiance s’est détériorée entre les citoyens et l’Europe « libérale » et « austéritaire ». Pourtant, il estime qu’elle ne manque pas d’exemples pour harmoniser les droits sociaux vers le haut et cite celui de la Finlande qui loge ses sans-abris, de l’Espagne qui met en place un congé paternité de 8 semaines ou encore de l’Allemagne qui crée une branche de la Sécurité sociale dédiée au vieillissement.

La proposition phare du parti s’articule autour d’un plan de finance-climat pour la transition écologique et sociale. Pour le fondateur de Place publique, les manifestations pour le climat sont « une leçon de sérieux administrée par la jeunesse en Europe ». Il considère par ailleurs que « les petits gestes sont importants », mais que « c’est une illusion de dire que nous sommes tous responsables alors qu’il s’agit de politique ».

Rassemblement national (Jordan Barbella) : « Réserver la solidarité nationale à nos pauvres, nos chômeurs et nos retraités »

Tête de liste du Rassemblement national (RN), Jordan Barbella estime que l’Union européenne « ne peut être sociale » notamment parce qu’elle produit du « chômage de masse », un « dumping généralisé », une « concurrence déloyale » et une « course au moins-disant social ». De plus, le cadre budgétaire « contraint » de l’Europe oblige les États membres à faire des économies dans le social et la santé.

Pour le candidat RN seules les « frontières » et le retour à la « nation » pourront assurer la protection aux Français. Il attribue cette préconisation aux questions de santé, domaine qui doit rester « régalien », la prise en charge des personnes âgées, la protection des données personnelles de santé et l’environnement. Enfin, il rappelle que le parti avait proposé « une cinquième branche de la Sécurité sociale, pour se charger de la dépendance », ainsi qu’ « une incitation au service civique auprès de personnes âgées dépendantes ».

La proposition phare du parti est l’abrogation de la directive sur les travailleurs détachés. Évaluant à 516 000 le nombre de travailleurs étrangers détachés en France, Jordan Barbella considère qu’il s’agit de « 516 000 emplois en moins » pour les Français.

Il souhaite par ailleurs, supprimer l’Aide médical d’État (AME) aux « migrants illégaux ».

Génération.s (Benoît Hamon) : « Créer un camp de la transformation sociale »

Pour le créateur de Génération.s, « le clivage en Europe est d'abord entre les classes populaires et les riches voire ultra-riches ». Constatant qu’il y a « une homogénéisation de la perception des inégalités sociales à l’Est et à l’Ouest », Benoît Hamon estime qu’il faut créer au Parlement européen un « camp de la transformation sociale ».

Pour sauvegarder la protection sociale et les services publics européens, il propose également de créer une inspection européenne du travail, un SMIC européen à 60 % du salaire moyen et d’harmoniser les systèmes de Sécurité sociale.

La proposition phare du candidat est la mise en place d’un « Green New Deal » doté de 500 milliards d’euros par an, afin de réduire les écarts de développement en Europe ; une alternative, selon lui, au choix binaire entre nationalistes et libéraux.

Par ailleurs, Benoît Hamon est favorable au versement d’un dividende citoyen universel qui serait une contribution positive au pouvoir d’achat.

Debout la France (Nicolas Dupont-Aignan) : « Laisser les peuples libres de leur modèle »

« Machine à niveler par le bas », l’Union européenne conduit à la « destruction du modèle social français » selon Nicolas Dupont-Aignan, pour qui, il est indispensable de « revenir à l’Europe des nations libres et démocratiques et des projets concrets, sans volonté de tout uniformiser ». Pour le candidat de Debout la France (DLF), cela passe par un « contrôle des frontières », la « primauté du droit national » et « la souveraineté budgétaire ».

Il souhaite « concentrer les efforts sur les grands défis technologiques, scientifiques ou industriels » tels que la recherche contre le cancer, la maladie d’Alzheimer ou les maladies orphelines, mais sans « bureaucratie ou commission européenne » afin de rompre avec le « délire de normes ».

La proposition phare du parti est la renégociation des traités européens.

Union des démocrates et indépendants (Jean-Christophe Lagarde) : « Je ne pense pas que la santé soit un domaine prioritaire pour l’Europe »

Jean-Christophe Lagarde, candidat pour l’Union des démocrates et indépendants (UDI), ne « pense pas que la santé soit un domaine prioritaire pour l’Europe », car « les nations savent faire ça, il n’y a aucune raison que l’Europe aille intervenir. » Néanmoins, il est pour une politique européenne de la vaccination ainsi que la mise en place d’un « Airbus du médicament » pour sécuriser les approvisionnements. Il reproche par ailleurs à la France de ne pas consommer la totalité de ses crédits européens, dont une partie pourrait être affectée à des projets sociaux et sanitaires.

Pour le candidat c’est sur la question de l’environnement que l’Europe est « pleinement légitime ». Sur les pesticides, la tête de liste de l’UDI affirme que l’on ne remplacera le glyphosate « que si on est capable d’avoir quelque chose qui a la même efficacité ».

Europe Écologie-Les Verts (Yannick Jadot) : « L’Europe est l’échelon indispensable pour la protection de la santé, de l’environnement et du social »

« Force est de constater que les institutions européennes n’ont pas marqué suffisamment leur ambition » déclare Yannick Jadot, tête de liste pour Europe Écologie-Les Verts (EELV). Pourtant, il juge que l’Europe est « l’échelon indispensable et efficace pour la protection de la santé, de l’environnement et du social ».

Le candidat écologiste se dit favorable à une « Sécu » de l’environnement à l’échelle européenne « pour servir la transition écologique ». Il souhaite également une sortie du modèle agricole des pesticides et un renforcement du droit européen pour une meilleure égalité des salaires entre les femmes et les hommes.

La proposition du parti EELV est la création d’une haute autorité de la transparence pour les mises sur le marché. Selon Yannick Jadot, c’est l’expertise qui doit être placée au cœur du débat pour les mises sur le marché et non les processus d’autorisation qui « laissent trop de place aux lobbys ».

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