Élection présidentielle : Marine Le Pen répond à Previssima sur la protection sociale

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Previssima a sollicité les principaux candidats à l’élection présidentielle pour connaître leur programme en matière de santé, de retraite et de prévoyance. Aujourd’hui, les réponses de la candidate du Front National.

Marine Le Pen

Santé

Sauvetage de la Sécurité sociale. Ajustements ou réforme en profondeur. Articulation entre la Sécurité sociale et les complémentaires santé privées.

La Sécurité sociale est-elle selon vous sauvée ? Faut-il de nouveaux ajustements, voire une réforme en profondeur ?

Malheureusement, la Sécurité sociale n’est pas sauvée ! Marisol Touraine a tenté un coup de communication, qui n’a convaincu personne : un écran de fumée, une manoeuvre comptable et une manipulation grotesque. N’oublions pas que la dette sociale atteint 160 milliards d’euros. Je pense que les Français en ont soupé des « ajustements », c’est d’une vision stratégique et à long terme que nos compatriotes ont envie. Les rustines ne suffisent plus, et des mesures immédiates peuvent être prises : lutter contre la fraude sociale, se servir de l’innovation pour moderniser et simplifier le système de santé, arrêter les pompes aspirantes de l’immigration, telles que l’aide médicale d’Etat qui ne profite qu’aux clandestins, faire baisser le prix des médicaments...

Je plaide ainsi pour une grande réforme du système de santé, et plus généralement du système de protection sociale. Nous avons les ressources nécessaires à la refonte du système, seule la vision et la volonté politique font défaut actuellement. Cette volonté, je l’ai ; notre système social doit protéger tous les Français.

Comment envisagez-vous l’articulation entre la Sécurité sociale et les complémentaires santé privées ?

Je pense que la coexistence de ces deux systèmes de protection est une richesse que nous devons préserver. En revanche, il est nécessaire de mieux encadrer les complémentaires santé privées, notamment en instaurant une règle d’or budgétaire concernant les frais de gestion. La Cour des Comptes évaluent à près de 30% le poids des « frais de gestion » dans le budget des assurances complémentaires. Plus de transparence permettrait de rétablir la confiance, et juguler ces frais de gestion permettrait d’améliorer les prestations offertes.

Je m’engage également à revenir sur le plafonnement des remboursements, qui a été une décision néfaste de Marisol Touraine, engendrant l’émergence de restes à charge importants pour les patients, fragilisant les Français les plus précaires.

Il est également nécessaire de bien définir le rôle respectif de l’Assurance maladie et les assurances complémentaires. Je m’oppose ainsi fermement au projet de M. Fillon, qui souhaite déléguer le « petit risque » aux assurances complémentaires, ce qui renchérira de manière importante les cotisations, déjà élevées, et posera des problèmes évidents d’accès aux soins. En réservant la Sécurité sociale aux personnes en ALD, 85% des Français seront exclus de la Sécurité sociale, c’est impensable ! La Sécurité sociale est un pilier de notre société, nous nous devons de la préserver et la consolider pour les générations futures.

Retraite

Age légal de départ en retraite. Evolution des dispositifs de retraite progressive et du cumul emploi-retraite. Projets sur les systèmes de retraite privés.

Pensez-vous faire évoluer les dispositifs de retraite progressive ou de cumul emploi-retraite ?

Aujourd’hui, les grandes entreprises font un recours excessif aux ruptures conventionnelles pour se débarrasser de leurs salariés séniors, qui touchent alors des allocations chômage en attendant leur retraite. Les grandes entreprises font donc reposer sur l’Unédic le coût social du licenciement des séniors.

C’est pourquoi il faut inciter les entreprises à conserver leurs séniors (qui sont une richesse en termes d’expérience et de connaissances acquises) par exemple en mettant en place un bonus-malus pour les cotisations employeurs d’assurance chômage selon que les entreprises licencient plus ou moins de séniors.

Mais il faut aussi favoriser la retraite choisie plutôt que subie afin que l’assurance chômage n’oriente pas précocement les choix en faveur du retrait de l’emploi. Pour ce faire, il m’apparait nécessaire de mieux faire connaitre les dispositifs de cumul emploi-retraite mais aussi de développer le dispositif de retraite progressive qui permet de moduler les horaires de travail tout en percevant une partie de la retraite qui reste aujourd’hui marginal (seulement 0,6% des nouveaux retraités en 2015).

Quels sont vos projets sur les systèmes de retraite privée (PERP, épargne salariale...) ?

Aujourd’hui, 8,7 millions de salariés bénéficient d’une épargne individuelle avec l’aide financière de l’entreprise. Cependant, cette pratique est moins répandue parmi les salariés des PME puisque seulement 20% y sont couverts, contre 83% chez les entreprises de plus de 50 salariés. Il est donc primordial de porter à la connaissance des salariés ces dispositifs.

Par ailleurs, on peut réfléchir à l’idée d’un plan d’épargne retraite pour les micro-entrepreneurs, surtout dans le domaine du numérique, où il est plus difficile de constituer un outil de travail dont la revente ferait office d’épargne retraite.

Prévoyance-Protection sociale

Rôle des branches professionnelles, liberté de négociation dans les entreprises, propositions pour les indépendants. Sort du RSI. Réaménagement des aides sociales.

Quel rôle envisagez-vous pour les branches professionnelles ? Quelle liberté de négociation doit-on laisser à l’entreprise ?

La Loi El-Khomri a privilégié les négociations au niveau de l’entreprise, ce qui instaure les conditions d’une concurrence déloyale à l’intérieur d’une même branche. Je pense qu’il faut sortir de ce logiciel de pensée, qui n’aboutit qu’à une seule chose : dresser les entreprises les unes contre les autres, et au final accentuer la pression sur les salariés.

Je prône une autre solution : revaloriser les branches professionnelles, qui seront les instances de négociation, en commençant déjà par en réduire le nombre. Il y en a aujourd’hui près de 900 dans notre pays, il est donc impossible de mener des négociations efficaces.

La négociation au niveau de ces mêmes branches pourra ensuite être favorisée car elles sont au plus proche des salariés : une négociation peut notamment être envisagée sur le temps de travail (à condition que l’État fixe les règles et que cette négociation s’accompagne d’une revalorisation salariale conséquente : au minimum 37 heures payées 37, 39 h payées 39, etc…).

Je pense enfin qu’il faut engager une grande réforme de la représentativité des syndicats patronaux et des salariés. Aujourd’hui, les syndicats ne sont plus représentatifs : en témoigne notamment le très faible taux de syndicalisation dans notre pays. Or, des syndicats puissants et représentatifs sont un moyen de fluidifier le dialogue social et d’améliorer les conditions de travail des salariés. Il faut donc avoir le courage de mener cette réforme, afin que des syndicats rénovés soient au coeur de la négociation par branche que j’appelle de mes voeux.

Quelles sont vos propositions pour améliorer la protection sociale des indépendants ?

La situation actuelle des micro-entrepreneurs et des indépendants est critique : ils ont été les grands oubliés des politiques menées depuis des dizaines d’années et plusieurs bouleversements (tels que l’ubérisation) précarisent leur situation. Le RSI a également été catastrophique pour la protection sociale des indépendants : il faut donc rapidement remédier à cette situation.

Pour prendre en compte les nouvelles formes de travail, je propose d’étendre aux indépendants, sur la base du volontariat, l’assurance chômage pour les pertes d’activités involontaires. Cette réforme permettrait d’améliorer sensiblement leur protection sociale.

Quel avenir pour la gestion confiée au RSI ?

Le RSI est devenu un véritable enfer pour les indépendants depuis la fusion intervenue en 2008, sous la houlette de M. Fillon, alors premier ministre. Les affiliés au RSI subissent des difficultés de recouvrement (double appels à cotisations, parfois mêmes erronés…), de remboursement (soins, liquidation des droits à retraites...) et un service déplorable (envois d’huissiers sans ménagement, assistance téléphonique désastreuse…).

Une fois élue, j’organiserai des Assises sur la protection sociale des indépendants, pour refondre totalement le RSI. Il s’agira d’offrir un bouclier social aux indépendants en conservant la spécificité de leur régime et en leur permettant de pratiquer l’auto-déclaration des revenus de l’année. J’offrirai également à ceux qui le souhaitent, la possibilité de s’affilier au régime général. Les indépendants auront donc le choix.

Faut-il revoir, selon vous, le maquis des aides sociales ?

Il y a évidemment un effort de simplification à faire (en rationalisant la gestion par exemple). Mais plutôt que promettre une allocation unique ou un utopique revenu universel, il faut conserver l’individualisation des aides sociales pour coller au mieux à la situation des Français dans le besoin. La mise en place d’un revenu universel - qui ferait beaucoup de perdants sauf à un coût extrêmement élevé - profiterait aussi à des personnes qui n’en ont pas besoin. Je pense que les candidats qui proposent cela sont dans la démagogie pure. Toutefois, dans le cadre de la mise en place du référendum d’initiative populaire que je souhaite, les Français pourront se saisir de cette question comme les Suisses l’ont fait en juin dernier si cela correspond à une véritable aspiration populaire.

Dépendance

Evolution de la loi d'adaptation de la société au vieillissement et rôle des organismes privés.

La loi de 2015 sur l’adaptation de la société au vieillissement est-elle suffisante au regard des enjeux sur la perte d’autonomie ?

Si une évolution législative sur ce point était souhaitable, je pense qu’elle ne va pas assez loin, car ses dispositions ne permettront pas de résorber les inégalités sociales face à la dépendance. A mon sens, il est nécessaire de développer les politiques de prévention bien en amont, afin de permettre aux Français de bien vieillir, et agir sur les facteurs de risque menant à la perte d’autonomie. De plus, face au vieillissement de la population, il devient crucial de prendre des mesures ambitieuses et à long terme pour permettre à nos concitoyens âgés et leur entourage de vivre sereinement, sans se poser en permanence la question du financement de la prise en charge. Il en va de la dignité de nos Séniors. Il est également indispensable d’accélérer la mise en conformité des bâtiments recevant du public aux normes d’accessibilité, et de simplifier les démarches administratives des personnes âgées.

Faut-il travailler sur la conception d’une formule privée dotée d’avantages fiscaux et sociaux pour aider les partenaires sociaux à engager des négociations ?

Je plaide pour la prise en charge socialisée de la dépendance, notamment en créant un cinquième risque de Sécurité sociale, dédié à la dépendance et au handicap. La création de formules privées risque de creuser le fossé entre les Français les plus précaires et les plus favorisés ; ces problématiques sont des enjeux trop importants pour être délégués à des structures privées. Le cinquième risque de Sécurité sociale a été promis par de nombreux candidats, mais jamais mis en place. Je m’engage à le faire.

Nouvelle économie et mesures de simplification

Prise en compte de la nouvelle économie sur la protection sociale et simplification des démarches des entrepreneurs.

Comment voyez-vous l’évolution du financement de la protection sociale à l’aune de la nouvelle économie, de la révolution numérique et de l’économie collaborative ?

Je plaide en faveur de la pérennisation du financement public de notre système de protection sociale. La révolution numérique et technologique que nous connaissons nous permettra des gains d’efficience, et des économies qui pourront être utilisées pour améliorer les prestations sociales offertes aux Français.

Le NHS (équivalent de la Sécurité sociale au Royaume-Uni) estime pour sa part que les gains d’efficacité provenant d’une meilleure exploitation des outils digitaux (tels que le dossier médical dématérialisé, qui est une vraie avancée en matière de santé publique) permettraient d’économiser entre 15 et 25 milliards d’euros.

Avez-vous des projets en vue de simplifier les démarches sociales des entrepreneurs et des particuliers ?

A l’heure de la révolution technologique, il est indispensable de prendre le train de l’innovation. Nos ingénieurs et chercheurs peuvent être mis à contribution pour faire évoluer la gestion et l’administration du système. Des démarches de simplification sont essentielles, et surtout sont possibles. Je m’engage à impulser cette dynamique de simplification, pour faciliter le quotidien de nos compatriotes.

J’attache notamment beaucoup d’importance à la simplification de la vie des entrepreneurs. Je propose donc d’alléger la complexité administrative et fiscale en supprimant toutes les petites taxes au rendement epsilonesque, de créer un guichet unique pour les TPE-PME, de généraliser le titre emploi service entreprise, sur le mode du chèque emploi service qui existe pour les particuliers et d’endiguer l’inflation normative.

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