Face au recul de la natalité, le congé paternité gagne du terrain
La France traverse un tournant démographique majeur. En 2025, le pays a enregistré un événement inédit depuis l’après-guerre : un solde naturel devenu négatif, c’est-à-dire davantage de décès que de naissances. Cette baisse durable de la natalité alimente les inquiétudes sur le renouvellement des générations et pousse les pouvoirs publics à renforcer les politiques de soutien aux familles. C’est dans cette optique qu’en 2021, le congé de paternité a été renforcé, en passant de 11 à 25 jours indemnisés.
Quatre ans après l’entrée en vigueur de cette réforme, une étude publiée fin janvier 2026 par l’Ined (Institut national d’études démographiques) permet d’en mesurer précisément les effets.
81 % des pères prennent tout ou partie de leur congé paternité depuis la réforme
Depuis le 1er juillet 2021, la durée du congé de paternité a plus que doublé : elle est passée de 11 à 25 jours, auxquels s’ajoutent les 3 jours obligatoires de congé de naissance, soit 28 jours au total. Quatre jours doivent obligatoirement être pris immédiatement après la naissance, le reste pouvant être fractionné.
À l’origine de cette réforme, la volonté politique de renforcer la présence du père auprès du nouveau-né, réduire l’inégale répartition des tâches parentales et limiter les écarts professionnels entre femmes et hommes.
Le bilan est plutôt positif : plus de quatre enfants sur cinq (81 %) nés entre juillet 2021 et décembre 2023 ont vu leur père prendre tout ou partie de son congé au-delà de la semaine obligatoire. Parmi eux, 70% prennent l’intégralité de leur congé, quand 30% n’en prennent qu’une partie.
Sur l’ensemble de la population, 59% des pères prennent même la totalité de leur congé.
L’étude note également que le fractionnement gagne en popularité : il concerne 33 % des congés en 2023, contre 23 % en 2021, signe que les familles s’approprient la souplesse du nouveau cadre.
Cette progression s’inscrit dans une évolution plus longue : le taux de recours, stabilisé autour de 75 % pendant les années 2000 et 2010, poursuit désormais une hausse amorcée avant même la réforme.
Qui sont les pères qui prennent leur congé paternité ?
L’Ined souligne que l’accès au congé paternité reste inégal. Les pères les plus enclins à y recourir sont :
- Les salariés du secteur public ;
- Les salariés en CDI ;
- Les diplômés du supérieur.
À l’inverse, le recours demeure plus faible chez :
- Les travailleurs indépendants ;
- Les pères au chômage avant la naissance de leur enfant (alors même que la prise du congé paternité permettrait de prolonger leurs droits aux indemnités de chômage) ;
- Les moins diplômés.
Même si la réforme a permis une progression dans les catégories qui y recouraient le moins, les contraintes professionnelles continuent de peser fortement.
Charge de travail et contraintes financières : les principaux freins à la prise du congé de paternité
Les motifs de non-recours ont évolué. Les pères déclarent aujourd’hui moins souvent « ne pas avoir souhaité » prendre ce congé. En revanche, les obstacles les plus cités sont désormais :
- Une charge de travail excessive et des contraintes professionnelles diverses ;
- Des contraintes financières renforcées par l’inflation,
- Et, plus marginalement, la complexité administrative.
La crainte du regard de la hiérarchie et de ses collègues recule, signe que la prise du congé devient progressivement une norme sociale.
Le congé de naissance pour aller encore plus loin
Cette dynamique pourrait se poursuivre et même s’accentuer dans les années à venir. Le 1er juillet 2026, un nouveau congé de naissance entrera en effet en vigueur. D’une durée de deux mois, celui-ci viendrait s’ajouter aux congés maternité et paternité. Chaque parent pourra en bénéficier, simultanément ou en alternance, dans une logique de soutien renforcé aux premiers mois de l’enfant.
Dans un contexte de natalité en berne, ce nouveau dispositif s’inscrit dans la même volonté politique : rendre l’arrivée d’un enfant plus compatible avec la vie professionnelle, réduire les inégalités parentales et créer un environnement plus favorable à la décision de devenir parent.
À LIRE :
- PLFSS 2026 : tout savoir sur le nouveau congé de naissance de 2 mois maximum, qui s’ajouterait au congé maternité et paternité
- Report du nouveau congé de naissance : quels impacts pour les futurs parents ?