Préretraités hors du marché de l’emploi : l'État enfin décidé à corriger le tir ?

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Préretraités hors du marché de l’emploi : l'État enfin décidé à corriger le tir ?

Passé 60 ans, plus d’une personne sur quatre se retrouve dans une situation intermédiaire, sans activité mais sans être encore retraitée. Une réalité qui fragilise les personnes concernées, pèse sur les finances publiques et pousse l'État à chercher de nouvelles solutions pour éviter ces sorties précoces du marché du travail.

Un angle mort entre emploi et retraite

Bien que le taux d'emploi des 55-64 ans ait progressé au cours des deux dernières décennies, pour atteindre 60 % en 2024, la courbe chute de manière vertigineuse à l'approche du départ effectif à la retraite. De nombreux seniors se retrouvent alors piégés dans un « no man’s land » statutaire : ils ne travaillent plus, mais ne perçoivent pas encore de pension. « L’emploi des seniors demeure en France en retrait par rapport aux pays européens les plus performants, en particulier après 60 ans » note ainsi un rapport du Haut-commissariat à la stratégie et au plan.

Les trajectoires de fin de carrière sont en effet marquées par de trop nombreuses périodes de non-emploi. Certains seniors sont au chômage, d'autres en arrêt de longue durée, en invalidité ou vivent sur leurs économies en attendant de remplir les conditions de départ.

Pourquoi cette difficulté à rester en emploi ?

Cette situation résulte d'un ensemble de facteurs accumulés au fil des décennies :

  • Une usure professionnelle sous-estimée : les contraintes physiques et le stress psychique réduisent la soutenabilité du travail sur la durée.
  • Un accès restreint à la formation : passé un certain âge, les opportunités d'actualiser ses compétences ou de changer de voie s'amenuisent fortement.
  • Un regard managérial parfois stéréotypé : les préjugés sur la productivité ou la maîtrise des nouvelles technologies freinent les recrutements et la conservation des talents âgés.

Chez les « ouvriers et emplois peu qualifiés, près de 40% des personnes vont partir de façon précoce du marché du travail avant d'arriver à la retraite » a notamment indiqué Emmanuelle Prouet, l'une des autrices du rapport. À titre d’exemple, seul un tiers des 55-64 ans a suivi une formation en France entre 2022 et 2024, contre plus d’un sur deux en Suède et au Danemark.

Aménager la fin de carrière : repenser les transitions

Le Haut-commissariat estime que la question ne peut pas être réglée uniquement par des dispositifs de fin de carrière. Selon Clément Beaune, il faut préparer le vieillissement au travail beaucoup plus tôt. L'objectif est d'éviter que les salariés arrivent à 60 ans déjà fragilisés ou exclus du marché de l'emploi.

Plusieurs pistes sont mises en avant :

  • Renforcer la formation tout au long de la carrière ;
  • Mieux prévenir l'usure professionnelle ;
  • Favoriser les mobilités internes ou les reconversions ;
  • Développer davantage les aménagements du temps de travail en fin de carrière ;
  • Faciliter la transmission des compétences entre générations.

L'idée est de construire des parcours professionnels plus durables plutôt que d'intervenir uniquement lorsque les difficultés apparaissent.

« L’enjeu est moins de multiplier les dispositifs que d’inscrire ces différents leviers dans une stratégie cohérente, afin de concilier allongement des carrières et soutenabilité du travail » indique notamment le rapport du gouvernement.

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