Perte d’autonomie : à quand une assurance dépendance obligatoire ?

PUBLIÉ LE :
Perte d’autonomie : à quand une assurance dépendance obligatoire ?
De gauche à droite, Ana LLENA-NOZAL – OCDE ; Jean-Manuel KUPIEC – OCIRP ; Florence LUSTMAN – La Banque Postale et Françoise FORETTE - ICL France.

Alors que la majorité tente, non sans difficulté, à étendre le périmètre des lois de financement de la Sécurité sociale à celui, plus large, de la protection sociale, pour y intégrer notamment le risque de dépendance, l’idée d’un financement obligatoire de la perte d’autonomie continue de faire son chemin.

Une assurance autonomie financée par tous…

Ce sujet a notamment été traité lundi dernier lors du Symposium international 2018 organisé par le réseau « Economie internationale de la longévité et la Chaire Transitions Démographiques, Transitions économiques en collaboration avec la Caisse des dépôts et consignation sur le thème « Vieillissement, incertitudes, croissance, bien-être. »

Françoise FORETTE – Professeure de médecine et Directrice générale, d’ILC-France est revenu sur sa tribune publiée dans Le Monde du 25 avril dernier dans laquelle elle rappelle que si les coûts liés à la perte d’autonomie peuvent s’avérer très importants, voire insurmontables, à l’échelle individuelle (le prix d’un hébergement pouvant varier de 1 600 euros à plus de 4 000 euros pour une retraite moyenne de 1 365 euros), ceux-ci deviendraient dérisoire lorsqu’ils sont partagés par l’ensemble de la population. « En effet, seule 8 % de la population de plus de 60 ans est touchée par la dépendance, soit 1 250 000 personnes représentant seulement 2,6 % de la population susceptible de cotiser », explique-t-elle.

Aussi, les travaux d’ICL France montrent que si tous les actifs, retraités, salariés, non-salariés, cotisaient 1 euros par jour, soit 30 euros par mois, le système pourrait prendre en charge jusqu’à 1 275 euros mensuels pour des personnes souffrant de dépendance lourde et 925 euros mensuels pour des personnes subissant une dépendance modérée.

…un système viable mais politiquement périlleux.

C’est autour de ces premières estimations que les intervenants ont pu défendre leur vision d’une assurance autonomie obligatoire. Public, privée ou les deux, peu importe, selon Florence LUSTMAN, directrice financière de La BANQUE POSTALE, « au regard des techniques d’assurance tout est possible, les différences se joueront en partie sur les prix, selon que l’importance de la population qui cotisera. Si l’on commence à cotiser à 20 ans, l’assurance obligatoire sera moins chère que si elle s’adresse aux personnes de 40 ans et plus ».

Les jeunes auront-ils envie de cotiser pour leur perte d’autonomie future ? Pourra-t-on forcer les gens aisés à accepter un système obligatoire ? Comment garantir les personnes ayant de faibles ressources ou amener les catégories intermédiaires à perdre encore un peu de pouvoir d’achat pour financer une couverture autonomie ?

Politiquement le sujet est risqué. « Mais il faudra bien pourtant s’en emparer explique Jean-Manuel KUPIEC – Directeur général adjoint de l’OCIRP car avec 850 millions de cotisations pour 7 millions d’assurés, le système aujourd’hui ne fonctionne puisque nous avons aujourd’hui un problème de fond, celui d’une société française qui reste dans le déni de la vieillesse. Un déni qui s’accompagne aussi du refus de se considérer comme un aidant pour les personnes concernées. »

Favorable à un système obligatoire, Jean-Manuel KUPIEC réclame de son côté un système permettant la déductibilité fiscale des cotisations avec la définition d’un socle commun de garanties accepté par tous les organismes assureurs et des solutions qui, au minimum, apportent une rente de 500 euros par mois en cas de perte d’autonomie.

Ana LLENA-NOZAL, économiste à l’OCDE, a, pour sa part, expliqué que l’assurance autonomie obligatoire existe dans seulement 5 pays de l’OCDE : les Pays bas, l’Allemagne, le Luxembourg, la Corée et le Japon et que l’avantage de cette solution est de permettre à l’impôt d’être dirigé vers d’autres priorité. Pour fonctionner et éviter les problèmes de mutualisation et d’exclusion, l’assurance doit être obligatoire a souligné Ana LLENA-NOZAL.

Les Français ont accepté sans trop de difficultés des cotisations catastrophe naturelle pouvant aller jusqu’à 12% de leur prime sur leur contrat habitation et des contributions au fonds de garantie des assurances obligatoires allant jusqu’à 2 % des primes en assurance automobile. Seraient-ils plus réticents à mettre la main à la poche pour un meilleur financement de leur bien-être pour leurs très vieux jours ?

Lire aussi : Dépendance : pourquoi l’assurance autonomie obligatoire est-elle une voie sérieuse à explorer ? (article réservé aux abonnés de My Previssima Premium)

Cet article issu de Previssima.fr est soumis au droit d'auteur, protégé par un logiciel anti-plagiat. Toute reproduction, rediffusion ou commercialisation totale ou partielle du contenu, sans l’autorisation expresse de la société Previssima, est interdite. Les informations diffusées sur Previssima.fr (hors forum, commentaires et annuaire) sont toutes vérifiées par un service juridique spécialisé. Toutefois, Previssima ne peut garantir l'exactitude ou la pertinence de ces données. L'utilisation des informations et contenus disponibles sur l'ensemble du site ne peuvent en aucun cas engager la responsabilité de Previssima.