Jusqu’à quel âge vit-on (vraiment) en bonne santé ?
En France, la longévité continue d’augmenter. Cependant, au-delà du simple nombre d’années vécues, une question cruciale s’impose pour les personnes vieillissantes, leurs familles et les décideurs publics : combien de ces années sont réellement vécues en bonne santé ? Une récente étude de la DREES vient éclairer cette question.
Qu’est-ce que l’espérance de vie sans incapacité ?
L’espérance de vie sans incapacité (EVSI) est un indicateur qui mesure le nombre d’années qu’une personne peut espérer vivre sans limitation d’activité quotidienne due à un problème de santé. Autrement dit, vivre sans incapacité à marcher, à s’habiller, à manger ou à assurer ses besoins essentiels.
Cet indicateur, parfois appelé aussi espérance de vie en bonne santé, met en lumière non seulement combien de temps on vit, mais aussi dans quelles conditions on vit ces années supplémentaires.
À 65 ans : près de 12 ans en bonne santé
Selon les données les plus récentes disponibles pour l’année 2023 :
- Une femme de 65 ans peut espérer vivre encore environ 12 ans sans incapacité.
- Un homme de 65 ans peut espérer environ 10,5 ans sans incapacité.
Ainsi, une grande partie de la vie post-active pourrait être vécue sans limitations majeures dans les actes essentiels du quotidien, jusqu’à 77 ans pour une femme et 75,5 ans pour un homme.
Ces chiffres traduisent une amélioration significative par rapport à 2008 : sur 15 ans, l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans a augmenté d’environ 1 an et 11 mois pour les femmes et d’environ 1 an et 10 mois pour les hommes.
Cette progression est légèrement plus rapide que celle de l’espérance de vie pure, ce qui montre une tendance à vivre davantage d’années supplémentaires en meilleure santé.
Jusqu’à 80 ans avant des problèmes de santé lourds
L’étude de la DREES s’intéresse aussi à l’espérance de vie sans incapacité forte, c’est-à-dire le nombre d’années vécues sans dépendance sévère dans les actes essentiels de la vie quotidienne (comme se laver, s’habiller, manger ou se déplacer sans aide). À 65 ans, une femme peut espérer vivre 18,5 ans sans incapacité forte (jusqu’à 83 ans et demi, donc) et 15,8 ans pour les hommes, soit jusqu’à 80,8 ans.
Des femmes plus longtemps en vie, mais pas nécessairement plus autonomes
Avec une espérance de vie de 85,3 ans (contre 79,2 ans pour les hommes), les femmes continuent de vivre plus longtemps que les hommes. Mais lorsque l’on ne regarde plus seulement la durée de vie, et que l’on s’intéresse aux années vécues sans incapacité, l’écart entre les sexes se réduit fortement.
Ce resserrement masque toutefois une réalité bien connue des spécialistes du vieillissement : les femmes vivent plus longtemps, mais passent davantage d’années avec des limitations fonctionnelles, notamment à un âge avancé.
Ces différences interrogent directement les politiques du grand âge, notamment en matière d’aide à domicile, de prévention de la perte d’autonomie et de prise en charge de la dépendance.
ET EN EUROPE ?
Sur le plan européen, la France se distingue. En termes d’espérance de vie sans incapacité à 65 ans, les Françaises dépassent la moyenne européenne d’environ 2 ans et 5 mois et les Français d’environ 1 an et 4 mois.
Cela place la France parmi les pays où les personnes âgées vivent relativement plus d’années en bonne santé, même si ces positions varient légèrement selon les tranches d’âge ou les méthodes de calcul.
Un indicateur important pour les politiques de santé publique
Dans un contexte de vieillissement démographique, les indicateurs d’espérance de vie sans incapacité prennent une dimension particulière, alors que l’âge légal de départ en retraite est désormais fixé à 64 ans et que certains responsables politiques plaident pour un nouveau recul à l’avenir. Certes, à 65 ans, les Français peuvent encore espérer vivre plusieurs années sans incapacité, et même sans incapacité forte.
Pour autant, l’espérance de vie sans incapacité ne signifie pas l’absence de fatigue, de douleurs chroniques ou de limitations plus diffuses, qui peuvent peser lourdement sur la capacité à travailler, en particulier dans les métiers physiquement ou psychologiquement exigeants.
Par ailleurs, si les années vécues sans dépendance lourde restent majoritaires après 65 ans, les incapacités dites modérées tendent à augmenter avec l’âge, dessinant une zone grise entre pleine autonomie et perte d’autonomie sévère.
Alors que la qualité de vie devient un enjeu central du débat public sur le grand âge, ces indicateurs sont indispensables pour penser des politiques publiques qui ne se contentent pas d’allonger la vie, mais qui permettent de vivre ces années supplémentaires avec autonomie et dignité.