Moins de vacances pour gagner plus ? Un député LR propose de transformer les congés payés non pris en salaire
Face aux enjeux de pouvoir d’achat et de flexibilité du travail, une proposition de loi portée par un député Les Républicains relance une idée sensible : permettre aux salariés de convertir leurs jours de congés payés non utilisés en rémunération. Une mesure qui divise profondément sur l’équilibre entre liberté individuelle et protection du repos.
Une proposition pour plus de flexibilité
Seriez-vous prêts à abandonner la cinquième semaine de congés payés - ou quelques jours - pour bénéficier d’un salaire plus important ? Si les syndicats sont déjà totalement opposés à ce qui est pour eux un acquis social historique de 90 ans, l’idée semble – à nouveau - germer au sein de certains membres du gouvernement.
C’est dans ce sens que le député LR des Alpes-Maritimes, Éric Pauget, vient de déposer une proposition de loi visant à offrir davantage de flexibilité aux salariés. Le texte permettrait de transformer une partie des congés payés non utilisés en rémunération supplémentaire, à condition d’un accord avec l’employeur. Les jours concernés seraient alors travaillés et payés en plus du salaire habituel.
Une mesure défiscalisée pour booster le pouvoir d’achat
Pour qu’elle soit intéressante à la fois pour les salariés et les entreprises, la rémunération serait défiscalisée et désocialisée afin de maximiser l’impact sur le pouvoir d’achat des Français.
Interrogé par RTL, l’élu a tenu à rappeler qu’il n’est pas possible de transformer ces jours de congé en salaire, contrairement aux RTT. Sauf exceptions notables dans certaines entreprises - comme l’alimentation d’un compte épargne-temps (CET) par exemple -, les jours de vacances non pris sont généralement perdus. C’est notamment le cas dans de nombreuses petites structures.
Pour le parlementaire à l’origine du texte, cette rigidité prive les actifs d’une source de revenus potentielle dans un contexte économique marqué par une inflation persistante et des tensions continues sur le pouvoir d’achat.
Une liberté individuelle face au pouvoir d'achat
Éric Pauget insiste sur le caractère facultatif de la mesure et rappelle qu’elle ne modifierait en rien le droit à la cinquième semaine de congés payés. Cette proposition pourrait effectivement trouver un écho auprès des salariés ayant « trop de congés » et qui se sentent dans l’obligation de devoir les poser. Or, selon une étude Verian réalisée pour Airbnb, près d’un salarié sur cinq ne prend pas l’intégralité de ses cinq semaines de congés annuels. De plus, 20 % des personnes interrogées voudraient garder ces jours de congé de côté en cas d’imprévu personnel.
« C'est une liberté qu'on offre mais qu'on n'impose pas et quelqu'un qui a besoin, qui veut prendre ses cinq semaines de congés payés, ça ne doit pas être un retour en arrière sur ses acquis », a estimé de son côté Justine Gruet, députée du groupe Droite Républicaine du Jura.
Vers une vive confrontation avec les syndicats
Rappelons qu’en 2025, le locataire de Matignon de l’époque, François Bayrou, avait déjà évoqué la possibilité de monétiser la cinquième semaine de congés, provoquant une vive opposition des syndicats. Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, avait qualifié de « musée des horreurs » cette proposition, ajoutant au micro de France Inter que « ce n’est pas aux salariés eux-mêmes de se payer un peu plus de marge de manœuvre pour boucler les fins de mois en rognant sur leurs congés ».
Le retour de cette proposition va donc certainement mener à une vraie bataille d’idées entre les partenaires sociaux. D'un côté, les défenseurs de la flexibilité, et de l’autre, ceux qui craignent une remise en cause progressive des conquêtes sociales de 1936.