Abattement de 10 % sur les pensions : bouclier anti-inflation ou cadeau fiscal aux plus aisés ?

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Abattement de 10 % sur les pensions : bouclier anti-inflation ou cadeau fiscal aux plus aisés ?

Selon la présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, le vote des députés, qui ont refusé la suppression de l’abattement fiscal des retraités suggérée par le gouvernement Lecornu, va dans le sens des conclusions de son institution.

Un avantage fiscal proportionnel aux pensions

« Le Conseil des prélèvements obligatoires a démontré que cet abattement bénéficie principalement à la moitié la plus aisée des retraités », a indiqué l’ancienne ministre de l’Action et des Comptes publics. Cette déclaration intervient alors que les députés ont refusé la suppression de l’abattement fiscal des retraités suggérée par le gouvernement Lecornu.

Un avantage fiscal proportionnel aux pensions

Instauré en 1977, l’abattement de 10 % vise à réduire le revenu imposable des retraités. Il s’applique automatiquement aux pensions déclarées, dans les limites prévues par la réglementation. Pour les revenus de 2025 déclarés en 2026, la déduction est comprise entre 454 euros par pensionné et 4 439 euros par foyer fiscal.

Son fonctionnement explique en partie les critiques dont il fait l’objet. La déduction étant proportionnelle aux pensions, les personnes disposant de revenus de retraite élevés peuvent bénéficier d’un abattement plus important en valeur absolue, jusqu’au plafond applicable. À l’inverse, les retraités aux pensions modestes profitent d’une réduction plus limitée.

L’effet dépend également de l’imposition du foyer. Un retraité non imposable ne retire généralement aucun gain fiscal immédiat de cette déduction. En revanche, pour un ménage soumis à l’impôt sur le revenu, l’abattement réduit le revenu pris en compte pour calculer l’impôt. Plus le taux marginal d’imposition est élevé, plus l’impact peut être favorable. Au final, l’abattement ne corrige pas les inégalités de revenus : il viendrait même plutôt à les renforcer après impôt.

Cette prise de position d’Amélie de Montchalin s’appuie sur les travaux du Conseil des prélèvements obligatoires (CPO). L’ancienne ministre estime ainsi qu’il est « factuellement inexact de prétendre qu’une telle réforme concernerait la totalité des retraités français ».

La dette reste cependant préoccupante

Au-delà de cette réforme, le débat porte sur la manière de répartir l’effort fiscal entre retraités. Faut-il maintenir un avantage identique dans son principe pour tous, ou privilégier davantage les ménages les plus fragiles ? La réponse dépendra des arbitrages budgétaires à venir, mais aussi de la capacité des pouvoirs publics à concilier justice fiscale et préservation du pouvoir d’achat des seniors.

Un vrai travail d’équilibriste pour un gouvernement qui présente son dernier budget et dispose de peu de marge de manœuvre s’il ne trouve pas de compromis avec les autres groupes politiques. « La charge de la dette atteindra déjà 90 milliards d’euros l’année prochaine. Ramener le déficit public sous la barre des 5 % constitue une étape indispensable », a cependant rappelé, en guise d’avertissement, Amélie de Montchalin.

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