Livret A : la dynamique s’est s’inversée en 2025 après dix ans de collecte positive
Pour la première fois en dix ans, le Livret A, pilier de l’épargne réglementée en France, a enregistré davantage de retraits que de dépôts en 2025.
Un phénomène qui n’a finalement rien d’étonnant et qui s’explique à la fois par la baisse continue de son taux de rendement et par la concurrence accrue de l’assurance-vie.
Un revirement historique
D’après les données publiées jeudi 22 janvier par la Caisse des dépôts, les épargnants ont retiré plus d’argent qu’ils n’en ont déposé sur leurs Livrets A l’an dernier. Une première depuis 2015. Mais est-ce vraiment surprenant ? Pas vraiment. Avec les baisses successives du taux d’intérêt du Livret A, ce n’était qu’une question de temps avant que cela n’arrive.
Dans le détail, la décollecte de 2025 atteint 2,23 milliards d’euros. « C’est un retour de balancier qui est tout à fait logique », a d’ailleurs estimé lors d’une conférence de presse en ligne Stéphane Magnan, directeur financier du fonds d’épargne de la Caisse des dépôts.
Cette inversion de tendance est d’autant plus marquante que le Livret A reste massivement détenu - avec plus de 57 millions de comptes ouverts - et qu’il constitue historiquement l’un des piliers de l’épargne réglementée française, avec près de 450 milliards d’euros d’encours.
Pourquoi les épargnants retirent-ils leur argent ?
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution, mais le premier d’entre eux est sans conteste la chute des taux de rendement. En 2025, le taux du Livret A est passé en 2025 successivement de 3 % à 2,4 % en février, puis à 1,7 % en août. Et ce mouvement n’est pas terminé, puisque le gouvernement a annoncé une nouvelle baisse à 1,5 % au 1er février prochain.
Deuxième facteur expliquant ce retournement de tendance : la réallocation des encours vers des solutions jugées plus rémunératrices, au premier rang desquelles figure l’assurance-vie. Les contrats en fonds en euros, dont le capital est garanti, ont affiché en 2025 des rendements moyens autour de 2,6 % selon la plupart des estimations, soit un niveau supérieur à celui du Livret A.
Certains contrats ont même dépassé les 3 %, voire les 4 %, comme le montrent les publications récentes des assureurs et distributeurs. Et ce sans compter les supports en unités de compte, qui permettent d’atteindre des performances potentiellement plus élevées, à condition d’accepter une prise de risque maîtrisée, d’autant plus pertinente dans une logique d’investissement de moyen ou long terme.
Les enseignements de cette décollecte
Cette première décollecte nette en plus de dix ans ne constitue pas seulement un signal statistique. Elle illustre aussi le pragmatisme des épargnants et l’évolution du rôle du Livret A dans les stratégies patrimoniales. En soi, c’est donc plutôt un bon signe, et qui montre la maturité des Français vis-à-vis d’un dispositif qui ne permet pas de faire fructifier son patrimoine.
Le Livret A apparaît donc moins comme un outil de performance et davantage comme ce qu’il a toujours été dans sa vocation première : un instrument de gestion de trésorerie à court terme, un véritable « filet de sécurité », mobilisable rapidement en cas d’imprévu ou pour financer des dépenses ponctuelles, comme des vacances, des travaux ou des dons manuels à ses proches.
À NOTER
Contrairement à une idée encore trop répandue, l’épargne placée sur une assurance-vie n’est pas bloquée et peut être mobilisée à tout moment, même si les délais sont généralement plus longs que pour un Livret A. Si vous souhaitez effectuer un rachat partiel, les fonds peuvent parfois être versés en 48 heures, mais le délai moyen se situe plutôt autour d’une dizaine de jours, avec un plafond légal fixé à deux mois.
Lors d’un rachat effectué au cours des huit premières années du contrat, seuls les intérêts compris dans la somme retirée sont imposés, dans la limite d’un taux maximal de 30 % (prélèvements sociaux inclus, via le prélèvement forfaitaire unique). La fiscalité devient en revanche plus avantageuse après huit ans de détention, grâce aux abattements annuels et à un taux d’imposition allégé.