L’importance des CDD ou des missions d’intérim courtes en France met face à face syndicats et patronat
Alors que les contrats à durée déterminée (CDD) et les missions d’intérim de très courte durée représentent une part non négligeable des embauches en France, les négociations entre partenaires sociaux s’enlisent.
Réunis le 25 mars à l’Unédic, syndicats et organisations patronales peinent à trouver un terrain d’entente avant l’ultime séance prévue le 9 avril. En toile de fond : deux visions opposées du marché du travail.
Le record au contrats courts toujours très important
Le recours aux contrats courts s’est durablement installé dans le paysage de l’emploi. L’Unédic a en effet publié ses chiffres concernant ce type de travail, et les données sont sans appel : la France est la championne des contrats « jetables ». Au premier trimestre 2025, 81 % des embauches sont des contrats courts, c’est-à-dire des CDD de moins d’un mois ou de l’intérim.
L’Unédic rappelle cependant que « depuis les années 2000, la part des contrats à durée limitée dans l’emploi total est stable aux alentours de 10 % », et que la part des CDD a tout de même progressé entre 2000 et 2015 avant de s’être « stabilisée ensuite ».
Néanmoins, les emplois en contrats courts restent importants et c’est avec des objectifs différents que syndicats et patronat sont engagés depuis début janvier dans les discussions sur l’encadrement de ces contrats. Or, si les premiers entendent freiner le recours aux contrats de courte durée et mettre fin aux abus, les seconds souhaitent au contraire davantage déréguler et lever les contraintes.
Deux visions irréconciliables ?
Les négociations semblent pour l’instant faire du surplace, les stratégies et opinions étant totalement différentes. Le patronat souhaitait par exemple mettre en place une prime de précarité qui inciterait certains à refuser une promesse d’embauche en CDI pour rester en CDD. « Il faut répondre aux aspirations des entreprises et des gens qui enchaînent les contrats saisonniers et s'en accommodent très bien » a indiqué à nos confrères de BFM Business Éric Chevée, vice-président de la CPME.
À l’inverse, la priorité des syndicats est de renchérir le coût du recours aux contrats courts pour inciter à l’embauche en CDI. Ils dénoncent des abus manifestes et réclament un durcissement du système de « bonus-malus », lequel module les cotisations chômage des entreprises selon leur consommation de contrats précaires.
« Pour parvenir à remplacer le bonus-malus par autre chose, il faut un haut niveau de dialogue social et la CFDT sera très exigeante », a prévenu Olivier Guivarch pour le premier syndicat français. De son côté, Jean-François Foucard, représentant de la CFE-CGC, met en garde contre un excès d’encadrement : « Si on met trop de normes, on sait qu'on va favoriser le contournement », avec à la clé un risque de bascule de certains travailleurs vers l’auto-entrepreneuriat.
Une réalité chiffrée qui pèse dans les négociations
La réunion du 25 mars n’a pas permis de faire émerger le moindre compromis. Si quelques pistes techniques ont été mises sur la table, elles n’ont pas suffi à réduire un désaccord de fond toujours aussi marqué.
Les données publiées par l’Unédic viennent pourtant objectiver l’ampleur du phénomène :
- 35 % des CDD avaient une durée d’un jour;
- 77 % duraient moins d’un mois;
- Seulement 7 % dépassaient les six mois.
Dans le même temps, la structure globale du marché du travail reste dominée par le CDI, qui représente 77,2 % de l’emploi total. Les CDD pèsent pour 7,6 %, et l’intérim pour 1,9 %, tandis que 13,3 % des actifs exercent sous statut indépendant.
Enfin, le recours à l’intérim se concentre principalement dans quelques secteurs clés, notamment le transport et l’entreposage, le commerce, la construction ainsi que l’industrie agroalimentaire. Autant de domaines où la flexibilité de la main-d’œuvre est devenue un levier central d’adaptation à l’activité.