Les ménages précaires, premières victimes du déremboursement des soins

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Les ménages précaires, premières victimes du déremboursement des soins

Selon une étude de la DREES publiée mercredi, les leviers évoqués par l’exécutif pour mieux maîtriser les dépenses de santé mettraient avant tout en difficulté les foyers à faibles revenus.

Des économies budgétaires loin d’être indolores

Hausses des franchises, participations forfaitaires, transfert d’une partie des remboursements vers les mutuelles… Face à la dégradation des comptes de l’Assurance maladie, le gouvernement a dans ses cartons plusieurs pistes concernant le déremboursement partiel des soins. Dans ce contexte, l’étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) était particulièrement attendue, car elle analysait différents scénarios envisagés.

Or, sans surprise, l'impact des restes à charge est bien plus lourd pour les ménages modestes que pour les plus aisés. « Quelle que soit la mesure considérée, rapportée au revenu, le coût (de ces déremboursements) est deux fois plus élevé pour les ménages modestes que pour les ménages aisés, malgré la protection offerte par la complémentaire santé solidaire (C2S) », souligne la DREES.

Un effort financier plus lourd pour les plus modestes

Les projections montrent que l’augmentation du reste à charge ne toucherait pas tous les ménages de la même façon. Pour les 10 % les plus pauvres, la part du revenu consacrée aux dépenses de santé - le « taux d’effort » - grimperait rapidement. Dans certains cas, notamment pour les foyers confrontés à des maladies chroniques, ces dépenses pourraient représenter une part très importante du budget mensuel et déséquilibrer les finances du ménage.

Le problème vient du mode de calcul de ces mesures. La hausse des franchises médicales ou des participations forfaitaires - auxquelles le gouvernement a finalement renoncé pour 2026 - « pénalise davantage les personnes en mauvaise santé, en raison de leur consommation plus élevée de soins ». Plus une personne consulte ou suit un traitement régulier, plus elle paie. Cela crée une forme d’injustice : les personnes déjà fragilisées par la maladie voient leur charge financière augmenter mécaniquement.

Vers un renoncement aux soins massif ?

En filigrane, on voit donc ou mènerait cette « américanisation » du soin, avec un État qui se désengage progressivement des remboursements de santé pour augmenter la charge pesant sur le patient ou les mutuelles. La conséquence directe de cette pression financière serait finalement le renoncement aux soins.

Pour un ménage vivant avec le SMIC, quelques euros supplémentaires sur chaque boîte de médicaments ou chaque consultation ne sont pas anodins. Ils imposent un arbitrage quotidien et cruel entre se soigner, se loger ou se nourrir. Rappelons également que les postes dentaires, optiques et auditifs sont historiquement les premiers sacrifiés par les ménages précaires en raison de remboursements déjà très faibles par l’Assurance maladie.

Le poids croissant des complémentaires

Même si la loi a interdit aux mutuelles une hausse de leurs tarifs en 2026, l’augmentation a été continue et brutale ces dernières années : +4,7 % en 2023, +8,1 % en 2024 et +6 % en 2025. Ces hausses pèsent lourdement sur le budget des Français, et particulièrement sur celui des seniors. À garanties équivalentes, ces derniers paient systématiquement plus cher que les actifs. Selon une étude de LeLynx.fr, la cotisation annuelle s'élève en moyenne à 1 179 euros pour un senior contre 413 euros pour un jeune adulte de 18 à 25 ans.

Existe-t-il une alternative au désengagement de l'État qui ne pénalise pas les plus démunis ? Plutôt que de rogner sur la prise en charge des soins, la Drees suggère d'ajuster les prélèvements obligatoires. Une telle décision « pèserait moins sur les ménages modestes, les personnes âgées et les personnes en mauvaise santé que les déremboursements étudiés », souligne l’institution. Cette piste présente l'avantage d'une meilleure répartition de l'effort financier, épargnant ainsi les malades chroniques et les bas revenus qui subissent de plein fouet les déremboursements actuels.

« En revanche, elle affecterait davantage les actifs et pourrait entraîner des conséquences sur l’emploi et les prix, aspects qui ne sont pas analysés dans cette étude » concède la Drees.

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