Statut de conjoint salarié : que change l’arrêt du 25 mars 2026 pour les couples d’entrepreneurs ?
Travailler aux côtés de son conjoint dans une entreprise familiale ou artisanale est une réalité pour de nombreux couples. Mais comment formaliser cette participation ? Le statut de conjoint salarié offre une solution claire, qui protège le conjoint tout en encadrant sa rémunération et ses droits sociaux. Une récente décision de la Cour de cassation a apporté des précisions importantes sur ce statut, même lorsque le conjoint dirige l’entreprise.
Qu’est-ce que le statut de conjoint salarié ?
Le conjoint (marié, pacsé, concubin) d’un chef d’entreprise artisanale, commerciale ou libérale qui contribue de manière régulière à l’activité de l’entreprise peut choisir entre trois statuts :
- Le conjoint collaborateur : ne perçoit pas de rémunération, mais bénéficie d’une protection sociale assez complète (santé, prévoyance, retraite), toutefois moins étendue que celle d’un salarié et sans couverture chômage ;
- Le conjoint salarié : perçoit un salaire et dispose des mêmes droits qu’un salarié classique (protection sociale complète, retraite, assurance chômage) ;
- Le conjoint associé : détient des parts dans l’entreprise et perçoit des revenus (dividendes). Il relève du régime social du dirigeant (salarié ou travailleur non salarié) et bénéficie, à ce titre, d’une protection sociale alignée sur la sienne, notamment en matière de santé.
Le saviez-vous ? Depuis la loi PACTE de 2019, si l’activité du conjoint n’est pas déclarée, il est présumé avoir le statut de salarié, garantissant ainsi une protection minimale. De plus, depuis 2022, le statut de collaborateur est limité à cinq ans. Passé ce délai, le conjoint passe de façon automatique au statut de conjoint salarié
Conjoint salarié : plus besoin de prouver un lien de subordination
Jusqu’ici, certaines juridictions exigeaient que le conjoint salarié démontre un lien de subordination vis-à-vis de l’entreprise. Cette exigence pouvait compliquer la reconnaissance du statut lorsque le conjoint dirigeait lui-même la société.
L’arrêt de la Cour de cassation du 25 mars 2026 clarifie un point important pour les conjoints travaillant dans l’entreprise de leur époux ou épouse : il n’est pas nécessaire de prouver un lien de subordination pour obtenir le statut de conjoint salarié. Ce qui compte réellement, c’est que le conjoint participe effectivement et régulièrement à l’activité de l’entreprise, quel que soit le statut juridique de celle-ci ou la position de l’autre conjoint.
À NOTER
Dans une décision antérieure, la Cour de cassation avait déjà eu l’occasion de juger que le conjoint salarié n’était pas tenu de prouver un lien de subordination lorsque l’autre conjoint n’était pas à la tête de l’entreprise.
Dans l’affaire concernée, une épouse avait demandé la reconnaissance de ce statut au sein d’une société dirigée par son mari. La cour d’appel avait refusé, considérant qu’elle devait prouver un lien de subordination. La Cour de cassation a annulé cette décision, rappelant que cette condition n’est prévue par l’article L. 121-4 du Code de commerce, qui régit ce statut.
Cette décision confirme ainsi que le statut de conjoint salarié peut s’appliquer sans condition supplémentaire liée à la hiérarchie. Mais au-delà de cette clarification juridique, elle entraîne aussi des conséquences très concrètes dans la vie des couples qui travaillent ensemble.
Travailler ensemble : formaliser pour éviter les mauvaises surprises
Si vous travaillez aux côtés de votre conjoint dans votre entreprise, cette décision a un impact concret. En cas de séparation, votre ex-conjoint pourrait réclamer une reconnaissance de son rôle comme salarié, avec la possibilité de toucher des rappels de salaire ou des indemnités, même si aucun contrat n’a jamais été signé.
Ce risque est particulièrement sensible dans les petites sociétés ou pour les professions libérales (médecins, dentistes, avocats, experts-comptables…) où le conjoint participe régulièrement aux tâches administratives, à l’accueil ou à l’organisation.
La meilleure manière de se protéger est de clarifier dès le départ le rôle de chacun. Que ce soit en établissant un contrat de travail, en optant pour un statut de collaborateur ou en devenant associé, formaliser la participation du conjoint permet d’éviter les mauvaises surprises et de sécuriser les droits de tous.