Investissement au féminin : l’AMF s’attaque aux freins qui éloignent les femmes de la Bourse
Constatant un fossé persistant entre les hommes et les femmes face aux marchés financiers, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a dévoilé une stratégie d'éducation financière inédite pour la période 2026-2028. L’objectif est ambitieux et vise à lever les freins psychologiques et techniques qui limitent l'autonomie financière des épargnantes.
Égalité des sexes ne rime pas avec égalité financière
S’appuyant sur les études dont elle dispose concernant les transactions en Bourse, notamment depuis 2022 où elle a commencé à analyser attentivement le profil des investisseurs, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a annoncé le 6 mai dernier vouloir « déployer un plan d'action spécifique femmes et investissement » afin de « définir une stratégie d'éducation financière dédiée qui sera mise en œuvre en 2027 ».
Car les chiffres parlent d’eux-mêmes : seules 24 % des femmes déclarent détenir des instruments financiers (compte-titres, PEA, crypto-actifs), contre 45 % des hommes. Plus frappant encore, la part des femmes parmi les « investisseurs actifs » - ceux réalisant au moins une transaction annuelle - a reculé, passant de 30 % en 2022 à 25 % en 2024.
Si les disparités de salaires et de patrimoine expliquent mécaniquement une partie de cet écart, l’AMF pointe d'autres obstacles plus insidieux. Le premier est lié à la confiance en soi : seules 28 % des femmes estiment avoir les compétences nécessaires pour gérer leurs placements, alors que les hommes sont 51 % à l'affirmer. Pourtant, l'Autorité souligne que les niveaux réels de connaissances financières entre les deux sexes ne justifient pas un tel écart de perception.
Un plan stratégique pour 2026-2028
Face à cette situation qu’elle juge « préoccupante », Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l'AMF, a annoncé à l’occasion du comité stratégique d’éducation financière la mise en place du plan « Femmes et Investissement ». Ce programme se s’inscrit dans la stratégie nationale d’éducation financière 2026-2028 présentée début mai lors du comité stratégique EDUCFI, organisé autour de Banque de France et du ministère de l’Économie.
Il se décline deux temps :
- Une phase d'analyse (septembre 2026). L'AMF lancera une vaste étude qualitative pour décortiquer les blocages spécifiques et identifier les leviers capables de déclencher le passage à l'acte.
- Une phase d'action (2027). Sur la base de ces résultats, une stratégie d'éducation financière dédiée sera déployée à grande échelle.
En attendant ces échéances, des mesures concrètes sont prévues à court terme, notamment la création d'un espace pédagogique entièrement dédié aux femmes sur le site de l'AMF. L’objectif consiste à proposer des contenus pédagogiques plus accessibles et à rendre les produits financiers moins intimidants pour un public encore peu exposé aux marchés financiers.
Pour Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l’AMF, cet enjeu dépasse largement la seule question boursière. Selon elle, la sous-représentation des femmes dans l’investissement « est un enjeu majeur pour l’autonomie financière des femmes et un manque à gagner pour l’économie ».
L'autonomie financière : un bouclier contre la précarité
Rappelons qu’au-delà des statistiques, le développement de la culture financière est un impératif d'autonomie pour les femmes. Historiquement, la gestion de l'argent dans les couples a souvent été marquée par ce que certains sociologues appellent la « théorie des pots de yaourt » : les femmes assument majoritairement les dépenses courantes et périssables (courses, habillement des enfants, factures), tandis que les hommes se chargent des dépenses structurelles et de l'épargne de long terme (crédit immobilier, investissements boursiers).
Cette répartition invisible est un piège financier. En cas de séparation ou de divorce, la chute de niveau de vie est bien plus brutale pour les femmes, qui se retrouvent sans actifs capitalisés à leur nom. Développer leur potentiel d'investissement, c'est donc leur permettre de constituer leur propre patrimoine et d'atteindre une véritable indépendance.