Inégalités salariales, fin de carrière et pension de retraite : « les seniores sont les grandes oubliées de la société française »

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Inégalités salariales, fin de carrière et pension de retraite : « les seniores sont les grandes oubliées de la société française »
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Dans un rapport sur la seniorité des femmes, les députées Marie-Noëlle Battistel (PS) et Sophie Panonacle (LREM) pointent du doigt les fortes inégalités qui frappent les femmes âgées ; un phénomène « invisible » lié notamment aux inégalités salariales.

« Le vieillissement est d’abord et avant tout une question de femmes » soulignait déjà le rapport de la mission interministérielle sur l’adaptation de la société au vieillissement, en 2013. Et de fait sur les 13,1 millions de personnes qui ont plus de 65 ans, 58 % sont des femmes (chiffres INSEE). En effet, la part des femmes dans la population croît avec l’âge. Elles représentent près des deux tiers des personnes âgées de plus de 85 ans et plus des trois quarts de celles âgées de plus de 95 ans.

Santé, espérance de vie, stéréotypes… Le rapport aborde de nombreux sujets, mais son propos principal se porte sur la question des inégalités économiques en fin de carrière et à la retraite.

Les inégalités salariales se creusent au fil du temps

Le rapport rappelle les inégalités salariales entre les hommes et les femmes : de l’ordre de 19 % en moyenne, plus fortes chez les cadres (26,3 %). Mais si en début de carrière les salaires sont plus bas et moins dispersés, l’écart se creuse essentiellement pour les 35-44 ans.

Plus de congé parental, plus de temps partiel, moins d’heures supplémentaires, des postes souvent moins qualifiés et donc moins rémunérés, etc. En fin de carrière, les femmes seniores subissent les effets cumulés de parcours professionnels fragmentés et de carrières ralenties.

Ainsi, pour les plus de 55 ans, l’écart salariale atteint 29 %.

Pour les députées, auteures du rapport, cette situation est préoccupante : « faute de pouvoir terminer leur carrière en se maintenant au travail jusqu’à ce qu’elles puissent prétendre à une retraite décente, les femmes risquent de basculer dans la précarité, et ce, jusqu’à la fin de leur vie. »

Niveau de chômage élevé en fin de carrière

Après la crise financière de 2008, l’aggravation du chômage a touché les seniors plus sévèrement que la moyenne des demandeurs d’emploi. Selon l’INSEE, la proportion de plus de 50 ans demandeurs d’emploi est passée de 15 % en 2008 à 25 % en 2018, tandis que celle des plus de 55 ans est passée de 6 % à 15 %.

Le rapport parlementaire souligne que si le nombre de demandeurs d’emploi séniors est sensiblement équivalent pour les hommes et les femmes, ce chiffre global recouvre des situations plus disparates au regard du retour à l’emploi ; les femmes apparaissant plus désavantagées que les hommes.

Ainsi, parmi les demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en décembre 2016, 63 % des hommes ont retrouvé un emploi dans les six mois qui ont suivi leur inscription contre 54 % des femmes seulement.

L’accès à l’emploi plus rapide pour les hommes tient au fait qu’ils accèdent plus facilement à des contrats courts (intérim) et, dans une moindre mesure, à l’emploi indépendant (création d’entreprise). Six mois après leur inscription, 11 % des hommes sont en contrat d’intérim de moins de six mois, soit près de trois fois plus que les femmes (4 %), et 6 % des hommes sont travailleurs indépendants contre 3 % des femmes.

Les inégalités salariales se répercutent sur l’indemnisation chômage

On retrouve les mêmes écarts d’indemnisation entre les hommes et les femmes que ceux que l’on constate en termes de salaire, le montant moyen brut mensuel d’indemnisation des femmes étant inférieur de 19 % en moyenne à celui des hommes.

Là encore, cet écart en termes d’indemnisation varie avec l’âge :

  • 6 % pour les moins de 25 ans
  • 15 % pour les 25-49 ans
  • 31 % pour les demandeurs d’emploi de 50 ans ou plus.

Lle montant moyen brut mensuel d’indemnisation des femmes de 50 ans ou plus est de 1 088 €, tandis qu’il s’élève à 1 312 € pour les hommes.

Des pensions de retraite plus faibles

Fatalement, ces fins de carrières moins favorables engendrent des pensions de retraite plus faibles. Pour les rapporteurs, elles sont le « reflet des inégalités professionnelles et des interruptions de carrière ».

Ainsi en 2006, la pension moyenne (droit direct) d’un homme était de 1 420 € contre 789 € pour une femme. En 2016, l’écart est sensiblement le même : 1 685 € pour les hommes contre 1 036 € pour les femmes.

Les recommandations du rapport

Face à ces inégalités économiques, les auteurs du rapport formulent plusieurs recommandations : lutter contre les inégalités salariales en ayant recours à la loi, mettre en place davantage de formations pour les seniores, sensibiliser les employeurs et le grand public aux problématiques rencontrées par les seniores, etc.

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