4 mai : « Jour de libération des actifs », ou quand on commence à travailler (aussi) pour soi

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4 mai : « Jour de libération des actifs », ou quand on commence à travailler (aussi) pour soi

Si le 1er mai célèbre les travailleurs, le 4 mai marque leur « libération » économique. Cette date symbolise le moment où un salarié français cesse de financer exclusivement les retraites et la santé de ses aînés pour commencer à travailler pour son propre compte.

Un calendrier qui s’étire, encore et encore

On parle souvent du « jour de libération fiscale », cette date théorique à partir de laquelle un salarié français moyen cesserait de travailler pour l’impôt et les prélèvements, et commencerait à profiter pleinement de son revenu. Dans cette même logique, les économistes Erwann Tison et Maxime Sbaihi ont construit un indicateur similaire : le « jour de libération des actifs ».

Ce concept identifie le moment de l’année à partir duquel, symboliquement, les salariés français cessent de travailler uniquement pour financer les retraites et la protection sociale des générations plus âgées. Derrière cette expression un peu provocatrice, il ne s’agit évidemment pas d’un basculement réel sur les fiches de paie, mais plutôt d’un indicateur pédagogique, pensé pour rendre visible ce que représentent les prélèvements sociaux dans le coût global du travail.

37 % de ponction : le prix fort de la solidarité

Pour arriver à ce résultat, les deux économistes ont additionné les cotisations retraites et la part de la santé captée par les seniors. Ainsi, un actif français se voit ponctionner 37 % de son salaire « super brut » tous les mois. « Record historique », soulignent les analystes. Sur une année de travail, cela représente 85 jours ouvrés passés à faire tourner la machine des retraites.

Précisons que l’étude n’intègre d’ailleurs pas les autres indicateurs sociaux : si l’on ajoutait le remboursement de la dette sociale ou certaines aides locales, le curseur se déplacerait encore plus loin dans le mois de mai. « On a pris des hypothèses hyper conservatrices », confirme ainsi un des créateurs de cet indicateur, Maxime Sbaihi.

La France, championne du prélèvement

Les économistes soulignent notamment qu’il s’agit d’un « choix politique », et non d’une « fatalité démographique ». Ce fonctionnement place la France à la seconde place des pays où les salariés « libèrent » le plus tard leur revenu, juste derrière l’Italie (15 mai).

La plupart de nos voisins arrivent ainsi beaucoup plus tôt à ce seuil symbolique : 2 mars pour l’Irlande, 20 mars pour la Suède, 26 mars pour l’Allemagne et la Pologne, 8 avril pour l’Autriche, etc. « Ce gradient n’est pas le fruit du hasard. C’est le produit de trois variables : la nature publique ou privée du système de retraite, sa relative générosité en temps et en pensions, et une démographie qui se dégrade », soulignent les analystes.

Un modèle de solidarité accru au fil des générations

Ce type de lecture relance inévitablement le débat. Pour certains, il souligne une pression croissante sur les actifs et pose la question de la soutenabilité du modèle actuel. Pour d’autres, il occulte un point essentiel : ces cotisations ne disparaissent pas, elles financent des droits concrets, notamment les pensions des retraités d’aujourd’hui.

Autrement dit, il s’agit moins d’un « poids » que d’un mécanisme de redistribution au cœur du modèle social français. En revanche, l’indicateur met en lumière l’impact de cette solidarité imposée aux nouvelles générations. Si aujourd’hui on ne « travaille pour soi » qu'à partir du 4 mai, les actifs de 1970 le faisaient dès le 27 février. En cinquante ans, les travailleurs ont ainsi perdu l’équivalent de deux mois de revenus nets, grignotés par le poids de la démographie.

Plus le financement du système repose sur les actifs, plus la question de la préparation individuelle de la retraite devient centrale. D’où l’importance d’anticiper ses droits et de sécuriser son futur niveau de vie. Vous souhaitez faire le point sur votre future retraite ? Les experts de QualiRetraite vous accompagnent pour vérifier votre carrière, estimer votre pension et préparer sereinement votre départ à la retraite.

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