Grève inédite des médecins libéraux : quelles conséquences pour les patients et l’organisation des soins ?
Du 5 au 15 janvier, la médecine libérale française est touchée par un mouvement de grève inédit. Tous les syndicats représentatifs, ainsi que des internes et étudiants en médecine, appellent à suspendre partiellement consultations et interventions. Une manifestation nationale est prévue à Paris le 10 janvier, marquant l’ampleur de la mobilisation.
Plus de 15 000 médecins libéraux se sont inscrits via la plateforme medecinsengreve.fr. Le mouvement reçoit également le soutien d’infirmiers libéraux, de cliniques privées et de certains partis politiques.
Pourquoi les médecins se mobilisent ?
Les médecins dénoncent ce qu’ils considèrent comme un ensemble de contraintes législatives et administratives pesant sur leur activité quotidienne. Parmi les points de tension :
- La mise sous objectif des prescriptions d’indemnités journalières (MSO), toujours en vigueur malgré les critiques ;
- La multiplication des contrôles et indicateurs, jugés chronophages et limitant le temps consacré aux patients ;
- La liberté d’installation, avec des jeunes médecins exprimant des inquiétudes pour s’installer, notamment dans les zones rurales et semi-rurales.
Certaines mesures contestées ont déjà été assouplies : l’obligation d’alimenter le Dossier Médical Partagé (DMP) et la taxation des dépassements d’honoraires ont été retirées. La ministre Stéphanie Rist a confirmé qu’aucune baisse unilatérale des tarifs ne sera appliquée sans accord conventionnel.
Une mobilisation interprofessionnelle et politique
Le mouvement ne se limite pas aux seuls médecins. Les infirmiers libéraux et les cliniques privées apportent leur soutien, tout en veillant à assurer la continuité des soins pour les patients. Selon la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), jusqu’à 80 % des blocs opératoires pourraient être fermés ce week-end, sans compromettre la prise en charge des patients déjà hospitalisés.
Parallèlement, certains partis politiques, comme le Parti Radical, appellent à un dialogue constructif et au respect du temps médical.
Quelles réactions du gouvernement et de la Cnam ?
Face à la contestation, le gouvernement et la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) multiplient les appels au dialogue. Ils rappellent que la convention médicale reste le cadre central des relations entre les médecins et l’Assurance-maladie, et assurent que la continuité des soins sera garantie pour tous les patients.
Les autorités mettent également en garde contre la circulation de désinformations liées aux débats sur le budget de la Sécu pour 2026, susceptibles d’amplifier la colère des professionnels de santé.
Pour sa part, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a insisté sur la nécessité d’une concertation étroite avec les syndicats et espère que le mouvement de grève durera le moins longtemps possible.
Quels impacts pour les patients ?
Pour le public, la grève se traduit par des consultations et interventions reportées dans certaines zones, tandis que les urgences et la permanence des soins restent assurées. La mobilisation exerce également une pression accrue sur les hôpitaux publics, soulignant le rôle central des médecins libéraux dans le suivi de proximité des patients.
Un mouvement qui met en lumière les tensions actuelles de notre système de soins, dans un contexte de forte sollicitation de la médecine de ville et de l’hôpital public.
Quels enjeux à long terme pour la médecine libérale ?
Au-delà des revendications immédiates, les médecins alertent sur plusieurs défis majeurs pour l’avenir de la médecine de ville.
La première inquiétude concerne la perte d’attractivité de l’exercice libéral, qui risque d’aggraver la pénurie de médecins dans certaines zones et de créer de véritables déserts médicaux.
Les professionnels soulignent également la nécessité d’un dialogue structuré avec les pouvoirs publics, afin d’éviter l’empilement des contraintes administratives qui pèse sur leur pratique quotidienne.
Par ailleurs, la mobilisation met en lumière le rôle clé des médecins libéraux dans l’organisation des soins de proximité, indispensable pour soulager l’hôpital public et assurer un suivi efficace des patients.
Finalement, cette grève illustre les interrogations actuelles autour de l’évolution de la médecine libérale et de sa place dans l’organisation du système de soins.