Grève des médecins libéraux : premiers reculs du gouvernement sur les arrêts maladie

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Grève des médecins libéraux : premiers reculs du gouvernement sur les arrêts maladie

Après dix jours d’une mobilisation inédite, la grève des médecins libéraux semble avoir contraint l’exécutif à revoir sa copie. Le gouvernement a annoncé, les 15 et 16 janvier, renoncer à plusieurs mesures fortement contestées par la profession, en particulier celles concernant les arrêts maladie et la fixation unilatérale des tarifs médicaux.

Ces annonces marquent une inflexion notable après un bras de fer engagé depuis le 5 janvier entre les syndicats de médecins libéraux et les pouvoirs publics.

Abandon des objectifs de réduction des arrêts maladie

C’est l’un des principaux points de crispation du mouvement : le gouvernement a confirmé qu’il renonçait à la possibilité d’imposer des objectifs de réduction de prescription d’arrêts maladie aux médecins considérés comme prescrivant davantage que leurs confrères.

Cette mesure figurait dans le projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, adopté en décembre par le Sénat et en cours d’examen à l’Assemblée nationale. Très mal accueillie par les syndicats, elle était perçue comme une mise sous tutelle de l’acte médical et une stigmatisation des praticiens.

Dans un communiqué, le ministère de la Santé annonce le dépôt d’un amendement visant à supprimer cette disposition. Une « mission d’accompagnement » doit également être lancée afin d’évaluer la procédure existante de mise sous objectifs (MSO) et d’en améliorer la transparence.

Pour la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, il ne s’agit pas d’un recul mais d’une volonté d’apaisement : les médecins « se sentent stigmatisés » par l’inscription de cette mesure dans un texte consacré à la fraude, a-t-elle reconnu ce vendredi matin sur France Inter.

Tarifs médicaux : fin des baisses unilatérales ?

Autre signal fort adressé à la profession : le gouvernement s’est engagé à ne pas appliquer les articles 77 et 78 de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS 2026). Ces articles permettent aux autorités sanitaires de fixer unilatéralement les tarifs médicaux en l’absence d’accord avec les syndicats représentatifs.

Très contestée, cette disposition figurait parmi les principales raisons de la grève. Le ministère annonce désormais leur suppression, « à travers le prochain vecteur législatif qui le permettra ». Pour rappel, ces articles avaient été introduits par amendement à l'Assemblée, contre l’avis du gouvernement.

Un engagement important pour les médecins libéraux, attachés au principe de la négociation conventionnelle avec l’Assurance maladie.

Des avancées, mais un climat encore tendu

Si les syndicats saluent ces annonces, ils restent prudents. « Il y a eu des avancées, mais il faudra voir comment elles se traduisent en actes », prévient le docteur Jérôme Marty, président de l’UFML, cité par Sud Ouest. Même son de cloche du côté de la FMF, dont la présidente Patricia Lefébure regrette qu’il ait fallu « aller dans la rue » pour obtenir ces concessions, selon le quotidien régional.

Des points de désaccord demeurent en effet. Les médecins contestent toujours le non-remboursement des ordonnances établies par les praticiens de secteur 3 (non conventionnés), mesure actée dans le budget de la Sécurité sociale pour 2026. Par ailleurs, la maîtrise des dépenses de santé reste un sujet sensible, le gouvernement rappelant qu’il n’est « pas question » d’y renoncer.

Quelle suite pour le mouvement ?

La grève des médecins libéraux, prévue du 5 au 15 janvier, a officiellement pris fin, mais la mobilisation reste sous surveillance. Une nouvelle réunion de l’intersyndicale devait se tenir pour décider d’éventuelles suites à donner au mouvement. Certains syndicats, comme Le Bloc (anesthésistes, chirurgiens, obstétriciens), évoquent la poursuite de la contestation sous d’autres formes, notamment par la grève des gardes.

Pour les patients, ces annonces sont susceptibles de limiter l’impact du conflit sur l’organisation des soins, même si les tensions persistantes témoignent d’un malaise profond au sein de la médecine libérale.

Après un premier épisode marqué par une mobilisation massive, ce nouveau chapitre illustre les difficultés structurelles du dialogue entre l’État et les professionnels de santé, dans un contexte de fortes contraintes budgétaires et de pénurie médicale. Affaire à suivre.

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