François ASSELIN, président de la CPME : « Il faut limiter la retraite universelle au seul régime de base »

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François ASSELIN, président de la CPME : « Il faut limiter la retraite universelle au seul régime de base »

Au fur et à mesure que le projet de réforme des retraites se précise, les conséquences pour les entreprises apparaissent de plus en plus lourdes.

Alors que les finances de la France ne sont toujours pas maîtrisées et que l’endettement public vient de dépasser les 100% du PIB, le coût des concessions Gouvernementales s’élève inexorablement.

Dans le même temps, la complexité d’un régime Universel aux nombreuses dérogations interroge.

Pour nous permettre d’y voir plus clair François Asselin, Président de la CPME, nous fait part de son analyse.

Previssima – Vous participez depuis le début à la concertation du Gouvernement. Quel est votre sentiment à propos du projet de retraite universelle ?

François Asselin – Le Gouvernement a choisi une forme d’universalité jusqu’à hauteur de trois plafonds de sécurité sociale qui, cumulée avec un âge d’ouverture des droits à 62 ans, ne peut que générer un déséquilibre du régime à deux niveaux :

  • Au niveau collectif, si tout le monde part à 62 ans ;
  • Au niveau individuel, avec des pensions trop faibles, pour ceux qui partiront à 62 ans.

C’est la raison pour laquelle le Gouvernement a proposé la création d’un âge pivot à 64 ans, afin d’inciter les actifs à poursuivre leur carrière plus longtemps. La CPME, dans un triple objectif de clarté, de simplicité et d’efficacité, avait préconisé, pour sa part, un âge minimal de départ à la retraite à 63 ans avec un bonus au-delà .

Selon le Gouvernement, le projet répond à une promesse de campagne Présidentielle. Pourtant, il n’était initialement pas prévu d’étendre la réforme aux régimes complémentaires obligatoires. Que s’est-il passé selon vous ?

La question de l’équilibre financier est consubstantielle de celle de l’équilibre général du régime universel. C’est une question de confiance dans le système futur, élément essentiel dans un régime par répartition.

C’est pourquoi la CPME préfèrerait un système à deux niveaux :

  • Un régime socle (régime de base à caractère universel) jusqu’à un plafond de sécurité sociale ;
  • Trois régimes complémentaires spécifiques :
    - Un régime complémentaire pour les salariés (et assimilés) du secteur privé ;
    - Un régime complémentaire pour les « travailleurs non-salariés », y compris les professions libérales ;
    - Un régime complémentaire à destination des trois fonctions publiques et des personnels salariés relevant de régimes spéciaux (EDF, SNCF, RATP…).

Pour garantir une gestion sans faille de ces régimes, une règle d’or interdisant les déficits serait mise en place.

Initialement, il n’était pas prévu d’étendre la réforme aux régimes complémentaires obligatoires. Lors du débat de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle, le candidat Macron précisait bien que le futur régime universel qu’il envisageait ne remettait pas en cause les régimes complémentaires et qu’il ne devait concerner qu’un système de base.

C’était plus pertinent car les systèmes complémentaires au-delà du système de base permettent d’assurer un niveau de vie et donnent une souplesse de gestion de l’ensemble du système de retraite que l’on perdrait aujourd’hui dans le cadre du régime universel proposé.

Ce système aurait nécessité de créer un régime complémentaire pour la fonction publique : c’est peut-être ce qui a freiné le Haut-Commissariat à la Réforme des Retraites pour se conformer à la commande initiale.

Quel serait selon vous la bonne solution : faire la réforme telle que prévue, la limiter au seul régime de base, ou tout simplement l’abandonner ?

La bonne solution eût été effectivement de limiter le système universel au seul régime de base. Celui qui aurait permis d’assurer à tous les actifs une pension minimale de 1000 euros pour une carrière complète.

Nous pensons à la CPME qu’il est cependant nécessaire de faire une réforme pour restaurer la confiance des jeunes générations dans le régime par répartition. Mais il est impératif de répondre aux inquiétudes des professions libérales ou des travailleurs indépendants. De plus la réforme n’a d’intérêt que si elle conserve son sens et son utilité. Elle ne peut, au fil des dérogations successives, se concentrer sur les seuls salariés du secteur privé à qui on demanderait des efforts supplémentaires alors qu’ils bénéficient depuis des années, d’une situation moins favorable.

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