Épargne retraite : attention au chant des sirènes de la sortie en capital

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Épargne retraite : attention au chant des sirènes de la sortie en capital

Sondages après sondages, les Français clament leur préférence pour des produits de retraite liquides avec sortie en capital. Le gouvernement de son côté penche lui aussi pour ce type de dénouement dans le cadre de son projet de texte sur la réforme de l’épargne retraite (Lire Previssima du 12 avril 2018).

Michel Clerc, directeur général de la mutuelle Médicis, spécialisée sur la retraite des chefs d’entreprise, met en garde contre les dangers d’une sortie en capital qu’il juge appropriée pour les produits d’épargne, mais non pour les vraies solutions de retraite.

Previssima. - Pourquoi un tel rejet de la rente viagère années après années de la part des Français ?

Michel CLERC. Parce que la retraite est une opération de prévoyance et que la prévoyance n’est pas populaire. Pour les assureurs qui vendent de la rente viagère, le fait vivre de plus en plus vieux et pas toujours en bonne santé n’est pas une belle histoire à raconter. Dès lors, lorsque vous demandez à un particulier s’il préfère percevoir un capital de 150 000 euros tout de suite ou une rente viagère de 625 euros par mois, ce qui correspond à son équivalent mensuel pour une espérance de vie de 20 ans, il choisira dans la très grande majorité des cas les 150 000 euros sous forme de capital. Mais ce type de question n’est pas honnête.

La réalité est tout autre et elle s’appuie sur une situation claire : nous gagnons tous les deux ans, trois mois d’espérance de vie. Les études européennes montrent d’ailleurs qu’en moyenne, un capital constitué se consomme en 15 ans. Le problème est que l’espérance de vie à 65 ans est bien supérieure à 15 ans.

En tant qu’assureur qui propose de la rente viagère, notre métier est de gérer le risque de longévité, un risque que le client ne connaît pas ou bien qu’il sous-estime. La vocation d’un régime de retraite est de garantir un revenu à vie et pour cette raison, la rente viagère est la seule solution qui ne ment pas aux particuliers.

La sortie en capital consiste, sous prétexte de liberté, à faire porter le risque de longévité sur le client dans la phase de perception de son épargne constituée. C’est bien là le piège de la liquidité immédiate.

Pour la première fois depuis longtemps, toutes les familles d’assureurs – compagnies, mutuelles, institutions de prévoyance, mais aussi autorité de contrôle et direction du trésor sont d’accords entre-elles pour soulever le danger de la sortie en capital. Je rappelle que la Cour des Comptes, dans son dernier bilan sur la retraite, avait également alerté sur cette question. Il faut donc que les rapports d’experts et l’avis des autorités et administrations aient au final plus de poids que les sondages sur la décision des pouvoirs publics.

N’est-il pas temps tout de même d'harmoniser les formules d’épargne retraite en France ?

La rente viagère n’exclut pas la sortie en capital. Le Plan d’épargne retraite populaire en est un bon exemple avec la possibilité de récupérer 20 % des avoirs en une seule fois ou 100 % en cas d’acquisition de la première résidence principale.

Nous ne sommes pas contre la généralisation d’un tel dispositif ni de tendre vers une harmonisation des produits. Le fait de favoriser les passerelles entre les contrats de retraite est aussi une bonne chose. En revanche, harmonisation ne signifie pas uniformisation. Nous pensons, par exemple, qu’il convient de conserver les avantages du Madelin pour les indépendants afin de compenser la faiblesse de leur régime par rapport à celui des salariés.

Enfin, il est surtout temps que les commerciaux et les conseillers reprennent la main sur la rente viagère en séparant à nouveau ce qui relève de l’épargne et ce qui relève de la retraite et en sachant expliquer les différentes solutions pour obtenir du revenu à la sortie.

Avez-vous des arguments financiers pour défendre la rente viagère vis-à-vis des pouvoirs publics ?

Oui. A l’heure où ceux-ci veulent mieux diriger l’épargne vers les fonds propres des entreprises, nous leur expliquons que la sortie en capital ne favorisera pas l’investissement de long terme en actions. Au contraire, pour obtenir la liquidité nécessaire au moment de la retraite, nous devrons couper notre exposition au risque actions beaucoup plus tôt qu’auparavant. La politique de gestion d’actifs sera totalement revue et non dans le sens souhaité par le gouvernement. Si les pouvoirs publics veulent des investisseurs longs et stables, ce sont les solutions en rente qu’il faut privilégier.

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