Épargne : et si votre pire ennemi était votre fidélité bancaire ?
Malgré des taux de rendement parfois décevants et des frais de gestion qui grignotent leur capital, les Français restent massivement fidèles à leur banque traditionnelle. Cette passivité est pourtant un luxe coûteux : en matière de placements, la curiosité est une vertu et le gazon peut être beaucoup plus vert - et rentable - chez la concurrence.
Une fidélité bancaire… mais peu rationnelle
Les Français entretiennent une relation presque automatique avec leur banque. Qui pourrait leur en vouloir ? Les raisons peuvent être nombreuses : confiance parfois aveugle envers les conseillers, manque de connaissances financières, ou tout simplement absence d’envie de chercher ailleurs…
Une étude menée par Alternative Patrimoine avec l’institut Selvitys auprès de 1 000 Français révèle ainsi que 74 % d’entre eux préfèrent loger l’essentiel de leurs économies dans les grands réseaux bancaires traditionnels.
Le piège de la confiance et de l’habitude
Pourquoi une telle immobilité ? Pour 46 % de nos concitoyens, le maintien du statu quo repose sur une confiance historique envers leur établissement. Pourtant, cette loyauté envers le « banquier de famille » est souvent à double tranchant. Il ne faut pas oublier que votre interlocuteur, aussi sympathique soit-il, agit avant tout comme un commercial dont la mission est de placer les produits prioritaires de son enseigne.
Qu’il s’agisse de la tarification de votre compte courant ou du coût de votre assurance emprunteur, la clairvoyance s’impose. Ne prenez jamais les affirmations de votre banquier pour des vérités absolues et vérifiez ses propositions à l'aide de comparateurs indépendants. Les écarts de prix constatés sont souvent brutaux.
Cette absence de mise en concurrence est par ailleurs largement mise en avant par l’étude :
- 62 % des Français acceptent les placements suggérés par leur banque sans jamais les remettre en question.
- 58 % des épargnants n'ont jamais pris le temps de confronter leurs contrats actuels à d'autres solutions d'investissement sur le marché.
- 6% des clients ignorent même qu'il est légalement et techniquement possible de comparer les offres entre elles.
« Nous observons un décalage entre la sophistication croissante des marchés financiers et le comportement des épargnants qui restent très peu proactifs. Cette inertie les prive souvent d'opportunités de rendement ou de diversification » explique Leatitia Benhamou, directrice associée d'Alternative Patrimoine.
Des performances mal connues… et souvent décevantes
Si cela constitue déjà en soi un mauvais signe pour son épargne - les frais étant déterminants dans la performance d’un portefeuille - cette passivité s’accompagne d’un constat encore plus préoccupant : la méconnaissance des performances.
Seuls 19 % des sondés savent précisément ce que leur épargne leur rapporte, tandis que pour 81 %, cette information reste floue, voire totalement inconnue pour 12 % d’entre eux. Dans le même temps, près de deux tiers (62 %) jugent que leurs placements ne sont pas à la hauteur, et seulement 5 % les considèrent comme optimaux.
« Le manque de transparence sur la performance est un problème structurel. Beaucoup d'épargnants ne savent pas ce que leur épargne rapporte réellement, ni ce qu'elle pourrait rapporter ailleurs », poursuit Leatitia Benhamou.
Vers une émancipation des épargnants ?
Le monopole des banques traditionnelles commence pourtant à se fissurer. Ce changement est notamment porté par l’avènement des néo-banques et des banques en ligne, qui proposent des tarifs généralement très compétitifs (cartes bancaires gratuites, absence de frais de tenue de compte, gestion en ligne facilitée et totalement automatisée, etc.).
Aujourd'hui, 27 % des Français ont déjà osé placer leurs économies chez ces nouveaux acteurs. Pour les autres, le déclic pourrait être proche : 55 % des sondés se disent prêts à consulter un nouvel interlocuteur pour optimiser leur patrimoine.
Cette volonté de changement est dictée par trois priorités :
- La performance (36 %)
- La diversification (27 %)
- Une meilleure maîtrise du risque (24 %)
Même si ces chiffres sont encourageants, ils révèlent tout de même qu’une large partie des épargnants n’envisage toujours pas de mobilité bancaire. Or, en matière d’épargne, l’inaction a un coût. Comparer les acteurs entre eux et choisir celui qui vous semble le plus compétitif est au contraire une stratégie de bon sens qui peut, au final, vous rapporter plusieurs dizaines (voire centaines) d’euros chaque année.