Emploi des seniors : la France franchit un cap historique mais le retard européen persiste
Soutenue par l’allongement des carrières et certains effets de la réforme des retraites, l’activité des plus de 55 ans atteint des sommets inédits dans l'Hexagone. Si le taux d’emploi des seniors progresse de manière continue, de nombreuses disparités subsistent entre les tranches d’âge, les niveaux de qualification et les pratiques européennes.
Une progression tirée par les plus de 60 ans
Voici des chiffres dont il faut se réjouir, d'autant plus que la dynamique est particulièrement forte chez les 60-64 ans. En trois ans, leur taux d’emploi a bondi de 8,2 points pour s’établir à 44,4 %. Chez les 55-59 ans, la hausse est plus modérée (+2,5 points), mais le niveau reste élevé : 78,8 %, soit 1,5 point au-dessus de la moyenne de l’Union européenne.
Cette progression s’explique « en partie » par la réforme des retraites de 2023, souligne la Dares dans son rapport. Les générations nées entre 1962 et 1964 affichent des taux d’emploi plus élevés à âge égal que les générations précédentes.
Pour favoriser le maintien dans l’emploi, plusieurs dispositifs se sont développés dans le monde du travail dernièrement :
- Des négociations obligatoires sur l’emploi des seniors dans les grandes entreprises ;
- De nouveaux contrats destinés à faciliter le recrutement des demandeurs d’emploi âgés ;
- Un renforcement de la formation tout au long de la carrière.
Un retard qui persiste face aux meilleurs élèves européens
À l’échelle européenne, la France n’occupe que la 17ᵉ place de l’Union européenne, dont le taux d’emploi moyen des 55-64 ans atteint 66,4 %. Le retard français se concentre presque exclusivement sur les 60-64 ans, où le taux d’emploi tricolore (44,4 %) accuse encore plus de 10 points de retard par rapport à la moyenne européenne (55,0 %). À titre de comparaison, ce taux atteint 71,7 % en Estonie, 71,1 % en Suède et 69,5 % aux Pays-Bas.
Des départs à la retraite plus tardifs chez les plus diplômés
Le rapport de la Dares révèle aussi que l’allongement de la vie professionnelle est causé par de fortes inégalités sociales :
- Le niveau de diplôme reste déterminant : entre 60 et 64 ans, 61 % des titulaires d'un diplôme supérieur à Bac+2 travaillent, contre seulement un tiers des détenteurs d'un CAP ou BEP. Les métiers qualifiés et moins pénibles favorisent la poursuite d'activité.
- Tous les seniors ne profitent pas de la hausse de l'emploi. Les personnes peu qualifiées restent les plus exposées au statut de « NER » (ni en emploi, ni en retraite). Chez les 55-59 ans, 19,2 % des titulaires d'un CAP ou d'un BEP sont au chômage, tandis que 37,8 % des personnes peu ou pas diplômées sont inactives sans avoir encore liquidé leur retraite. À l'opposé, seuls 9,3 % des diplômés de niveau supérieur à bac+2 sont concernés, ce qui illustre clairement le rôle déterminant du niveau de qualification dans le maintien en activité.
Le défi des prochaines années ? Il pourrait reposer aussi sur la capacité du tissu économique à prévenir l'usure professionnelle et à adapter l'organisation du travail pour ces travailleurs en seconde partie de carrière.
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