Élection présidentielle : les grandes orientations de Force Ouvrière sur la protection sociale

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Philippe PIHET, Secrétaire Confédéral - Secteur Retraites/Prévoyance Sociale du syndicat Force Ouvrière (FO) répond aux questions de Previssima sur la retraite, la prévoyance et la santé.

FO souhaite une retraite à taux plein à 60 ans, préconise la suppression des contrats santé responsables, se méfie du revenu universel et propose une couverture autonomie « de base » du type Sécurité sociale pour la perte d’autonomie.

Previssima. - Comment envisagez-vous l’articulation entre la Sécurité sociale et la complémentaire santé ?

Philippe PIHET. - Nous pensons que les pouvoirs publics doivent garder la main sur l’offre de soins, leur organisation et la fixation des tarifs. Ce gouvernement, au lieu d’assumer ses responsabilités en termes de tarifs opposables, déplace le problème des dépassements d’honoraires sur les interlocuteurs sociaux dans le cadre des contrats responsables qui, rappelons-le, encadrent le niveau de remboursement des complémentaires santé. Nous demandons la suppression des contrats responsables car ils restreignent la liberté de négociation.

De plus, si les contrats ne tiennent compte des restrictions en matière de prise en charge, leur coût est augmenté d’une taxe supplémentaire de 7 %. Cette situation ouvre la voie à un troisième « étage » de remboursement, avec le risque de voir se développer une médecine à plusieurs vitesses, avec ceux qui pourront avoir accès à des contrats surcomplémentaires et ceux qui n’en auront pas les moyens.

Nous voulons une possibilité de retraite à taux plein dès 60 ans pour toutes et tous. Cela ne signifie pas que tout le monde doit s’arrêter à cet âge. La liberté de travailler au-delà, pour celles et ceux qui le souhaitent, doit continuer d’exister.

Doit-on supprimer les régimes spéciaux ?

Nous sommes pour leur conservation. Rappelons que depuis les réformes des retraites de 2008 et de 2010, l’âge légal et la durée de cotisation seront alignés d’ici à trois ans pour les régimes publics et privés. Le vrai critère pour comparer des régimes, qu’ils soient spéciaux ou non, c’est le taux de rendement. L’INSEE, dans une étude relayée la semaine dernière par la presse, montre que les réponses sur ces critères sont complexes et que les simulations ne permettent pas de tirer de conclusions sur la générosité relative d’un secteur par rapport à un autre.

Quelles sont vos attentes vis-à-vis des systèmes de retraite privé (PERP, épargne salariale, etc…) ?

Les mécanismes existent depuis bientôt 15 ans. Nous nous opposons à ce que ces systèmes par capitalisation soient rendus obligatoires. Maintenant, le choix appartient aux salariés qui en bénéficient, nous n’avons pas à leur dicter leur conduite.

Nous attirons toujours l’attention sur le fait que ces systèmes sont abondés par des éléments de salaires aléatoires, auxquels nous préférons les augmentations générales de salaires, qui, elles, viennent abonder les caisses de de Sécurité sociale.

Quel rôle envisagez-vous pour les branches professionnelles ?

Le rôle de la branche professionnelle est primordial en matière de complémentaire santé et prévoyance. Nous militons pour le développement de « conventions collectives de Sécurité sociale complémentaire », véritables régimes créés et pilotés par les interlocuteurs sociaux.

Ces régimes sont facteurs d’égalité de droits pour les salariés d’une même branche, que l’entreprise soit importante ou qu’elle soit une TPE.

Faut-il revoir, selon vous, le maquis des aides sociales ?

Un maquis, ça peut se défricher ! Le sujet est plus sur l’information des droits existants et leur accès que sur le nombre d’aides. Cela dit, il est possible d’examiner les conditions dans lesquelles des aides peuvent être « fusionnées »

Que pensez-vous du revenu universel ?

Nous ne sommes pas favorables au revenu universel, vieille idée libérale qui date du XVIème siècle. Cela revient non seulement à capituler devant le chômage de masse, mais aussi à alléger « le coût du travail ». Si la collectivité distribue à toutes et tous une base de revenu, alors la pression sur les salaires augmentera.

La taxation des robots est-elle une bonne idée ?

Pourquoi ne pas envisager des prélèvements à partir de la valeur ajoutée produite dans l’entreprise, en complément et ou substitution de cotisations ?

La loi de 2015 sur l’adaptation de la société au vieillissement est-elle suffisante au regard des enjeux sur la perte d’autonomie ?

La loi de 2015 a, enfin, le mérite de poser les sujets, il lui manque le volet financier, ce qui est le plus important.

Une revendication nous tient à cœur, celle de la fin de la « frontière » entre les moins et les plus de 60 ans, en termes de handicap et d’autonomie, ce qui était prévu dans la loi. Mais faute de moyens, nous sommes dans l’attente.

Pour sa part, Force Ouvrière préconise une couverture autonomie « de base » du type Sécurité sociale, complétée par un étage conventionnel.

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