C’est quoi un désert médical ?

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Expression largement utilisée, notamment à l’occasion des dernières campagnes électorales, le « désert médical » n’avait jusqu’à présent pas de définition ou de caractéristiques officielles.

La dernière étude DREES s’attèle à définir et mesurer les « déserts médicaux », partant du principe que pour résoudre un problème il faut préalablement bien le cerner.

Le désert médical se mesure en fonction de la difficulté d’accéder à une offre de soins sur le territoire. Cet accès est variable selon la profession médicale.

De moins en moins de médecins généralistes

Depuis 2010, le nombre de médecins généralistes libéraux diminue chaque année.

Si les comportements ou la législation ne bougent pas, la DREES estime que cette baisse devrait se poursuivre jusqu’en 2025. À cette date, le nombre de médecins généralistes libéraux ou mixtes serait inférieur de 8 % à celui de 2009.

De moins en moins de médecins spécialistes

Le nombre d’ophtalmologues, de gynécologues et de psychiatres, libéraux ou mixtes, diminue depuis le début des années 2010 et cette baisse devrait se poursuivre jusqu’en 2025 environ. Ainsi, en 2025, le nombre de ces praticiens devrait être inférieur de 18 % à 21 % à celui observé en 2012.

L’évolution est un peu différente pour les pédiatres libéraux, pour lesquels le point bas est déjà atteint en 2016 : leur effectif devrait ainsi croître de 13 % entre 2012 et 2025.

En parallèle de cette chute des libéraux, le nombre de spécialistes exerçant en tant que salariés devrait augmenter fortement, notamment pour les psychiatres et les pédiatres.

La répartition des médecins moins égalitaire pour les spécialistes que pour les généralistes

Une répartition homogène des généralistes

En 2015, 84 % de la population réside dans une commune où exerce un médecin généraliste et 98 % de la population accède à un médecin généraliste en moins de 10 minutes ; seul 0,1 % de la population (57 000 personnes environ) doit faire 20 minutes ou plus pour accéder à un généraliste.

Cette bonne répartition pourrait se dégrader du fait du développement de l’exercice de groupe : en 2001, 43 % des médecins généralistes libéraux exerçaient en groupe, c’est le cas de 52 % d’entre eux en 2016.

Les écarts d’accès aux spécialistes selon le lieu de résidence :

  • Ophtalmologues : les 10 % des communes les mieux dotées en ophtalmologues ont une accessibilité plus de 6 fois supérieure à celles les moins bien dotées
  • Gynécologues : ce rapport passe à 8
  • Pédiatres : le rapport passe à 14
  • Psychiatres : les 10 % des communes les mieux dotées ont une accessibilité plus de 20 fois supérieure à celles les moins bien dotées

Le choix de l’indicateur d’accessibilité potentielle localisée

La proximité géographique d’un praticien n’est pas synonyme de disponibilité. Ce dernier critère est particulièrement important pour mesurer les déserts médicaux.

La DREES et l’Irdes ont développé conjointement un indicateur d’accessibilité aux soins : l’APL (accessibilité potentielle localisée).

Cet indicateur synthétique permet de tenir compte à la fois de la proximité et de la disponibilité des médecins : pour connaître l’accessibilité d’un patient, cet indicateur totalise le nombre de consultations/visites que peuvent lui proposer les médecins accessibles (un médecin est considéré accessible jusqu’à 15 minutes en voiture par la DREES).
On obtient ainsi un nombre de consultations/visites accessibles pour chaque habitant.

L’APL prend également en compte la répartition par âge de la population : chaque patient est affecté d’un coefficient qui dépend de la consommation moyenne observée de sa tranche d’âge (la disponibilité des médecins dans le cas de la commune « âgée » sera pénalisée par les plus grands besoins de la population et donc l’APL sera moindre).

Ainsi mesurée, l’accessibilité moyenne aux médecins généralistes libéraux est de 4,11 consultations par habitant et par an en 2015.

8 % de la population réside dans une commune sous-dense en médecins généralistes (APL inférieure à 2,5 consultations par an et par habitant). Cette part augmente. L’âge moyen des praticiens dans les communes sous-denses en 2015 est de 54,7 ans contre 53,4 ans sur l’ensemble du territoire. Dans les années à venir, les communes sous-denses sont donc susceptibles de connaître davantage de départs de médecins généralistes que les autres zones.

Cette meilleure estimation des zones permettra un meilleur ciblage des aides à l’installation.

Au-delà des médecins généralistes, l’étude DREES mesure aussi l’accessibilité aux soins urgents et aux pharmacies.

Au 31 décembre 2015, 6 % de la population (soit 3,90 millions de personnes) réside à plus de 30 minutes d’un service d’urgences.

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