« CDI jeune » : pourquoi la proposition du Medef suscite une vive inquiétude
Le Medef a relancé un débat social brûlant en proposant un nouveau type de contrat à durée indéterminée pour les jeunes, qui pourrait être rompu plus facilement qu’un CDI classique.
Présentée comme une réponse au chômage des primo-entrants, cette idée divise fortement et ravive des souvenirs de contestations passées dans le monde du travail.
Un CDI réinventé pour les jeunes… ou plus flexible pour les employeurs ?
Lors d’une réunion organisée mercredi dernier, l’organisation patronale a distribué un document qui n’a pas manqué de mettre le feu aux poudres.
Pour sortir d’un marché de l’emploi des jeunes que le Medef considère à bout de souffle, le premier syndicat patronal de France propose le lancement d’un CDI facilement révocable destiné aux jeunes actifs.
Mais le cœur de la proposition qui déclenche la polémique est ailleurs : ce CDI « spécial jeunes » pourrait être « rompu sans motif pendant les premières années ». Le Medef indique s’être inspiré de « l’exemple italien du contrat à droits progressifs », créé en 2016, qui aurait permis, selon l’organisation patronale, de « baisser le chômage structurel » chez les jeunes.
Ce contrat s’inscrit dans la profonde réorganisation du travail entamée en 2014 chez nos voisins transalpins, baptisée « Jobs Act », et qui repose sur l’idée que la flexibilité du travail constitue un levier central pour stimuler l’emploi et améliorer l’efficacité du marché.
Un rappel historique qui ravive les tensions
Cette proposition a provoqué une réaction immédiate des partenaires sociaux. Pour la CGT, il s’agit d’une « déclaration de guerre aux jeunes ». L’Unef, syndicat étudiant, est également montée au créneau en appelant à la mobilisation : « Si le gouvernement ou le patronat tentent d’imposer ces attaques, nous saurons, comme en 2006, nous mobiliser massivement pour les faire reculer ».
Le débat actuel fait inévitablement écho à une controverse célèbre : le Contrat Première Embauche (CPE) de 2006, qui avait voulu instaurer une forme similaire de contrat pour les salariés de moins de 26 ans, avant d’être abandonné face à une vague de protestations massives dans toute la France.
Le tabou du salaire : une rémunération sous le SMIC ?
Autre mesure phare - et particulièrement contestée - : la rémunération. Le projet évoque la possibilité de verser un salaire inférieur au SMIC pour les jeunes en phase d’apprentissage ou de « formation interne » au sein de l’entreprise. Pour l’Unef, il s’agit surtout d’une « discrimination pure et simple fondée sur l’âge ».
Face au tollé provoqué par ces propositions, le Medef, par la voix de son vice-président Fabrice Le Saché, a tenu à rappeler au micro de RMC, lundi 2 février, qu’il ne s’agissait que de « pistes de réflexion », et non de propositions formalisées. « Ça ne plaît pas aux syndicats, c'est leur liberté la plus absolue de l'exprimer. C'est aussi notre liberté de se mobiliser pour les jeunes », a également précisé Fabrice Le Saché.
Pour la première organisation patronale française, ces mesures ont vocation à s’attaquer à la problématique des jeunes « NEET » (Not in Education, Employment or Training), pour « ni en emploi, ni en études, ni en formation », une catégorie qui représentait 12,3 % des Français âgés de 15 à 29 ans en 2023, selon le Medef. Des chiffres globalement conformes à ce que rapporte l’Insee dans son dernier rapport sur ce sujet.