Budget 2027 : Roland Lescure serait favorable à une contribution des retraités les plus aisés
Le ministre de l’Économie relance une piste particulièrement sensible pour le prochain budget : faire participer davantage les retraités les plus favorisés au redressement des finances publiques. Sans parler de baisse des pensions, Bercy évoque une revalorisation moins favorable pour les revenus les plus élevés.
Une revalorisation moins rapide que l’inflation
Il n’y a jamais de fumée sans feu et les informations de la semaine dernière semblent aujourd’hui se confirmer. Dans un entretien accordé à Libération, le ministre de l’Économie Roland Lescure a explicitement soumis l'idée d'une participation accrue des séniors disposant de revenus confortables. « La question de la contribution des retraités aisés à l'effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, mérite d'être posée », a souligné le locataire de Bercy en perspective de l'élaboration du budget 2027.
Le scénario privilégié par le gouvernement ne s’oriente pas vers une diminution stricte des montants versés, mais vers une revalorisation déconnectée, pour partie, du rythme de l’inflation pour les tranches supérieures.
L'enjeu de l'indexation face à l'inflation
En règle générale, les pensions du régime de base sont ajustées sur la hausse des prix afin de préserver le pouvoir d’achat. Le gouvernement met toutefois en avant le bilan des dernières années : entre janvier 2022 et janvier 2026, la hausse cumulée des retraites a atteint environ 15 %, dans un contexte où la croissance économique nationale s'est établie à 12 % depuis 2017.
Dans l'esprit du ministère, l'objectif consiste donc à demander un effort aux pensions élevées pour garantir la protection intégrale des retraités les plus vulnérables. Plusieurs inconnues demeurent néanmoins en suspens :
- Le seuil d’assujettissement : quel niveau de ressources définira précisément le statut de retraité « aisé » ?
- Les modalités techniques : s'agira-t-il d'un gel temporaire, d'une sous-indexation pérenne ou d'un barème progressif ?
- La temporalité : cette contribution s'inscrira-t-elle dans un cadre pluriannuel ou exceptionnel ?
Beaucoup de questions demeurent, mais encore peu de réponses à ce stade.
Une mesure loin de faire l’unanimité
Reste que la mesure s’annonce particulièrement délicate à faire adopter. Demander aux retraités de contribuer au redressement des comptes publics divise profondément la classe politique, d’autant que beaucoup estiment que le déficit résulte avant tout de la gestion des finances de l’État.
Les précédentes tentatives n’ont d’ailleurs jamais abouti. Michel Barnier avait envisagé de repousser de six mois la revalorisation des retraites, tandis que François Bayrou avait défendu le principe d’une « année blanche » gelant plusieurs dépenses sociales. Deux propositions qui avaient suscité de fortes oppositions avant d’être abandonnées, à la suite de la chute des gouvernements respectifs.
La proposition de Roland Lescure n’en est encore qu’au stade de la réflexion. Mais en étant désormais assumée publiquement par le ministre de l’Économie, elle pourrait devenir l’un des débats les plus explosifs de l’examen du budget 2027 à l’automne.