Assurance vie : les promesses d’investissement durable sont loin d'être tenues, selon l’ONG Reclaim
Présentée comme un levier clé de la transition écologique, l’assurance vie peine encore à tenir ses engagements en matière d’investissement responsable, selon l’ONG Reclaim.
Dans un nouveau rapport, elle dénonce une contribution persistante des contrats d’assurance vie au financement des énergies fossiles, malgré un discours de plus en plus vertueux de la part des acteurs financiers.
Des unités de compte encore trop « brunes »
L’assurance-vie, placement préféré des Français avec plus de 2 100 milliards d’euros d’encours, constitue un levier financier colossal. Avec une épargne réglementée au plus bas, cette tendance a encore de beaux jours devant elle.
Les distributeurs de ce contrat (banques, assureurs, courtiers spécialisés) vantent d’ailleurs régulièrement les possibilités d’investir de façon responsable, mais la réalité est-elle conforme aux promesses marketing ? Clairement non, selon Reclaim Finance. Dans une étude publiée cette semaine, l’ONG, qui entend « mettre la finance au service de la justice sociale et climatique », dresse un constat sévère.
Après avoir étudié le catalogue de 27 assureurs-vie français, totalisant 7 500 fonds en unités de compte (UC), elle estime ainsi que 62 % de ces supports « contiennent au moins une entreprise développant de nouveaux projets de pétrole, de gaz ou de charbon ». Ces données sont globalement conformes à celles de 2024.
Pour Reclaim Finance, les assureurs ne jouent pas suffisamment leur rôle de filtre. En l’absence de critères d’exclusion clairs concernant l’expansion fossile, ils exposent le capital des épargnants à des actifs dont la viabilité à long terme est directement menacée par la transition écologique.
Des conclusions (en partie) réfutées par les assureurs
Comme on pouvait s’y attendre, ces conclusions n’ont pas été accueillies favorablement par les professionnels du secteur. France Assureurs, principal organisme de représentation professionnelle des entreprises d’assurance en France, a souligné que cette étude « repose sur un comptage du nombre de fonds référencés et non sur les montants réellement investis par les épargnants ».
Selon l'organisation, cela ne permettrait donc pas de refléter fidèlement « le poids économique de l’investissement ». En revanche, elle reconnaît que ce rapport « met en lumière un enjeu réel : mieux aligner l’épargne des Français avec les objectifs climatiques ».
Des efforts encore indispensables
D’autant plus que, petit retour en arrière, ce n’est pas la première fois que la finance dite « verte » ou « responsable » est mise face à ses contradictions, ainsi qu’à son manque de lisibilité, de transparence, voire tout simplement de rigueur. En 2024, cette critique avait conduit à une profonde révision du label ISR, principal label de la finance responsable en France. Celui-ci avait ainsi fait l’objet d’un sérieux coup de rabot, après avoir été accusé de laisser encore trop de place aux énergies fossiles.
Si la nouvelle mouture du label ISR a permis de réels progrès - notamment en excluant les entreprises exploitant des hydrocarbures non conventionnels ou lançant de nouveaux projets d'exploration - le chemin à parcourir reste long.

Quand la défense s’invite dans les portefeuilles ESG
Rappelons aussi un autre point majeur, qui cette fois ne concerne pas les énergies fossiles, mais la défense. Le réarmement de l’Europe a ouvert la voie à un nouvel angle mort, brouillant encore davantage les frontières de l’investissement responsable : l’intégration du secteur de la défense dans les stratégies ESG, une orientation à laquelle la Commission européenne se montre par ailleurs favorable.
Les chiffres témoignent d’ailleurs d'un basculement rapide :
- L’exposition des fonds ESG au secteur de la défense a triplé en trois ans ;
- Selon l’Agefi, 43 % des fonds ESG auraient aujourd’hui au moins une ligne d’investissement liée à l’armement.
Cette évolution a été assumée publiquement par Éric Lombard, ancien ministre de l’Économie, qui estimait en 2025 que « l’investissement dans le secteur de la défense est un investissement responsable ». Selon lui, il serait même vertueux, dans la mesure où il « protège notre souveraineté et les principes que nous portons : la démocratie, la liberté, le développement durable ». Argument qui peut être pragmatiquement recevable, mais moralement discutable, en fonction des convictions de chacun.
Le vrai problème réside dans le fait que les souscripteurs d’assurance-vie ignorent vers quels secteurs sont réellement fléchés leurs capitaux. Qui regarde chaque ligne d’investissement de son assurance vie et rappelle son assureur pour lui dire qu’il trouve tel ou tel fonds douteux ? Quasiment personne.
Qu’il s’agisse de pétrole ou de missiles, l’opacité reste donc la norme, et celle-ci arrange finalement tout le monde. Pour restaurer une confiance érodée et garantir que l’argent des investisseurs soit en parfaite adéquation avec leurs valeurs personnelles, la transparence demeure sans aucun doute un des chantiers prioritaires de la finance durable.