Arrêts de travail : vers un changement de modèle ?

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Arrêts de travail : vers un changement de modèle ?
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Longtemps perçus comme un simple outil de protection face à la maladie, les arrêts de travail occupent aujourd’hui une place de plus en plus centrale dans le débat public.

En 2024, 9,1 millions d’arrêts ont été indemnisés, tandis que les dépenses d’indemnités journalières atteignent 17,9 milliards d’euros en 2025. En moins de dix ans, ces dépenses ont augmenté de 7 milliards d’euros.

Derrière ces chiffres se dessine une dynamique qui ne relève pas uniquement d’un phénomène conjoncturel. Le dossier de presse publié par le gouvernement met en évidence une transformation plus profonde, à la fois structurelle et systémique, qui interroge le fonctionnement même du dispositif. Décryptage.

Une hausse aux causes multiples

Contrairement à certaines idées reçues, l’augmentation des arrêts de travail ne repose pas uniquement sur des comportements abusifs. Une large part de cette évolution s’explique par des facteurs économiques et démographiques. La progression des salaires, qui servent de base au calcul des indemnités, ainsi que le vieillissement de la population active, contribuent fortement à cette dynamique.

Pour autant, ces éléments n’expliquent pas tout. Environ 40 % de la hausse échappe à ces facteurs structurels. Elle s’accompagne notamment d’une augmentation du recours aux arrêts de travail à tous les âges, mais aussi, et surtout, d’un allongement de leur durée.

C’est d’ailleurs sur ce point que se concentre aujourd’hui une part importante des préoccupations.

Le poids croissant des arrêts longs

Si les arrêts courts restent les plus fréquents, ce sont les arrêts longs qui concentrent l’essentiel des dépenses. Les arrêts de plus de 6 mois représentent une part très minoritaire du volume, mais près de la moitié des coûts associés.

Depuis plusieurs années, leur progression est marquée. On observe notamment une augmentation significative des arrêts de plus de 3 mois, qui traduisent des situations plus complexes : pathologies chroniques, troubles musculosquelettiques, ou encore troubles psychiques.

Dans certains cas, les durées prescrites apparaissent d’ailleurs supérieures aux recommandations des autorités sanitaires, ce qui interroge sur les pratiques et sur les conditions de suivi des patients.

Un impact économique et organisationnel majeur

Au-delà des finances publiques, l’absentéisme a des répercussions directes sur le fonctionnement sur le fonctionnement des entreprises et des administrations. Désorganisation des équipes, retards, nécessité de remplacement, surcharge de travail pour les salariés présents : les conséquences sont multiples et souvent difficiles à anticiper.

Les coûts associés, directs et indirects, sont estimés à près de 100 milliards d’euros par an. Une augmentation du taux d’absentéisme d’un point se traduirait par une baisse de productivité de 0,66 %.

Ces éléments illustrent que la question des arrêts de travail ne relève plus uniquement de la sphère médicale ou sociale, mais s’inscrit désormais dans une problématique plus large de performance et d’organisation.

Un modèle français spécifique

Le système français d’indemnisation se distingue par son caractère hybride. Il repose à la fois sur la Sécurité sociale, qui verse des indemnités journalières (IJSS), et sur l’employeur, qui assure un complément de rémunération dans de nombreux cas.

Ce modèle garantit un niveau de protection relativement élevé, mais il contribue également à la complexité du dispositif et à son coût global. À l’étranger, les logiques sont souvent plus simples, avec une prise en charge assurée par un seul acteur ou organisée de manière successive.

Une stratégie publique en 3 axes

Face à cette situation, le gouvernement déploie une stratégie structurée autour de 3 leviers complémentaires :

  • Renforcer la prévention, notamment en matière de santé au travail, de conditions de travail et de risques psychosociaux. L’objectif est de réduire les arrêts évitables en agissant en amont ;
  • Améliorer l’accompagnement des personnes en arrêt, en favorisant le maintien dans l’emploi et en facilitant le retour à l’activité. Cela passe notamment par un suivi médical plus régulier et par des dispositifs d’adaptation du poste de travail ;
  • Renforcer les contrôles et la lutte contre les comportements abusifs, avec une sécurisation accrue des prescriptions et une intensification des actions de contrôle.

Un durcissement progressif des règles

Depuis 2024, plusieurs mesures ont déjà été mises en œuvre. L’encadrement des arrêts prescrits en téléconsultation, la généralisation de formulaires sécurisés ou encore l’augmentation des contrôles témoignent d’une volonté de mieux réguler le système.

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 marque une nouvelle étape. Elle prévoit notamment de limiter la durée des prescriptions d’arrêt de travail, de renforcer les obligations de motivation des prescripteurs et d’améliorer le suivi des arrêts longs.

À travers ces évolutions, le gouvernement cherche à encadrer davantage les pratiques, tout en maintenant un niveau de protection élevé pour les assurés.

Vers une responsabilisation accrue des acteurs

Au-delà des mesures techniques, c’est une évolution plus globale qui se dessine. Le gouvernement insiste sur la nécessité d’une mobilisation collective impliquant l’ensemble des parties prenantes : assurés, professionnels de santé et organisations.

Certaines pistes évoquées illustrent cette orientation, comme la possibilité d’anticiper les reprises d’activité grâce à des aménagements de poste, ou encore le renforcement des outils permettant de signaler des « pratiques atypiques ».

L’accent est également mis sur la prévention, en particulier sur les enjeux de santé mentale et de conditions de travail, qui apparaissent de plus en plus comme des facteurs déterminants.

Une transformation en cours

L’arrêt de travail n’est plus seulement une réponse médicale ponctuelle : il devient un véritable enjeu de pilotage et d’équilibre du système.

Dans un contexte de hausse des absences, de tensions financières et d’évolution du rapport au travail, les lignes bougent. L’objectif est de mieux encadrer les pratiques, de renforcer la prévention et de responsabiliser l’ensemble des acteurs, sans remettre en cause la protection des assurés.

Mais, ces nouvelles règles suffiront-elles à transformer durablement les pratiques ? Affaire à suivre.

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