Apprentissage : vers un sérieux coup de rabot sur les primes à l’embauche pour certains profils ?
Le gouvernement s'apprête à serrer la vis sur les dispositifs de soutien à l’apprentissage. L'aide unique devrait ainsi être sensiblement réduite pour les étudiants du supérieur, notamment en BTS et en écoles d'ingénieurs.
Un ajustement des aides jugé nécessaire par l’exécutif
Après avoir porté le nombre de contrats à des sommets historiques - passant de 430 000 en 2017 à plus d'un million fin 2024 - l’exécutif semble vouloir changer de braquet Dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, le gouvernement a transmis aux partenaires sociaux, pour consultation, un projet de décret visant à réactiver l’aide exceptionnelle à l’embauche, mais selon des modalités nettement moins avantageuses que par le passé.
Ce nouveau dispositif s’inscrit dans la continuité des ajustements déjà engagés. Pour mémoire, l’aide maximale, qui s’élevait initialement à 6 000 euros par contrat, avait été réduite l’an dernier à 5 000 euros pour les entreprises de moins de 250 salariés et à 2 000 euros pour les structures plus importantes.
Le projet actuellement sur la table va plus loin. Il prévoit une modulation renforcée en fonction du niveau de diplôme préparé :
- Pour les entreprises de moins de 250 salariés, l’aide serait plafonnée à 4 500 euros pour les apprentis préparant un diplôme de niveau Bac +2 (BTS, DUT), et ramenée à 2 000 euros pour les formations de niveau licence, master ou diplôme d’ingénieur.
- Pour les entreprises de 250 salariés et plus, les montants seraient encore plus limités, avec 1 500 euros pour les diplômes Bac +2 et 750 euros pour les cursus du supérieur long.
À noter toutefois une exception notable : l’aide resterait fixée à 6 000 euros pour l’embauche d’un apprenti en situation de handicap, quel que soit le niveau de diplôme ou la taille de l’entreprise.
Un impératif d’économies budgétaires
Derrière cette réforme se cache la volonté de réduire le déficit public, avec un objectif d'économie de 200 millions d’euros pour 2026. Le gouvernement estime que l'effet de levier de la prime est moins indispensable pour les profils hautement qualifiés.
Toutefois, ce revirement stratégique inquiète. Si l’exécutif réaffirme sa volonté de maintenir le cap du million d’apprentis, certains acteurs redoutent que ce resserrement des aides ne fragilise la dynamique de l’emploi des jeunes, dans un contexte économique déjà plus incertain. D’autant que l’apprentissage s’est fortement développé ces dernières années dans l’enseignement supérieur et les métiers tertiaires, désormais directement concernés par la baisse des primes.
Des données publiées par le Gouvernement en novembre 2025 montrent en effet que l’apprentissage constitue un puissant levier d’insertion professionnelle, mais avec des effets variables selon le niveau de qualification. Parmi les jeunes sortis d’études en 2021, 63 % des apprentis occupaient un emploi 18 mois plus tard, contre 36 % pour les élèves issus de la voie scolaire classique. Cet avantage tend cependant à s’atténuer lorsque le niveau de diplôme s’élève, et apparaît « limité » au niveau master.