Aidants familiaux : les inconnus dans l'entreprise

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Aidants familiaux : les inconnus dans l'entreprise

Aider les aidants actifs est devenu une priorité absolue. Après les mesures de soutien introduites par la loi de 2015, relative à l’adaptation de la société au vieillissement (définition du proche aidant, création d’un droit au répit, instauration d’une aide financière en cas d’hospitalisation,…), les députés planchent actuellement sur une proposition de loi concernant le don de jours de repos aux aidants familiaux.

Malgré ces avancées, le dossier est loin d’être clos pour des aidants qui cumulent aujourd’hui trois vies : vie familiale, vie d’aidant familial et vie professionnelle. Le 16 novembre dernier, l’OCIRP, la Chaire « Transitions démographiques, Transitions économiques », la Caisse des Dépôts, et la Fondation Médéric Alzheimer ont organisé une conférence sur le thème des aidants actifs.

Aidants familiaux : de qui parle-t-on ?

Comme l’a rappelé le directeur général adjoint de l’OCIRP, Jean-Manuel Kupiec, les aidants familiaux se définissent, au sein de l’OCDE, comme des individus qui dispensent, chez eux ou à l’extérieur, des soins réguliers à la famille, aux proches ou au réseau de relation pour les actes de la vie quotidienne. En France, on insiste sur le caractère non-professionnel de l’aide, a indiqué Jean-Manuel Kupiec.

Au niveau des chiffres, toujours pour l’OCDE, on compte au minimum 100 millions d’aidants, plutôt défavorisés financièrement. 14,7% des plus de 50 ans (16,5 % en France) se déclarent aidants informels (dont 62 % de femmes). 20 % déclarent par ailleurs avoir des problèmes de santé.

Concernant plus particulièrement l’Hexagone, le responsable de l’OCIRP est revenu sur le nombre d’aidants, estimé à 11 millions en 2015, contre 8 millions en 2008 selon divers baromètres et études. 47 % se déclarent en activité, soit 15% de la population active.

Ces aidants actifs seraient à l’origine de 24 % des arrêts de travail de courte durée (3 à 5 jours).

Que veulent les aidants familiaux actifs ?

Pour mieux comprendre les attentes des aidants en emploi, la Fondation Médéric Alzheimer a présenté son baromètre portant sur un échantillon de Français âgés de 40 à 64 ans cumulant engagements professionnels, engagements familiaux (conjoint, enfant à charge) et engagements envers le proche qu’ils aident.

Celui-ci révèle que 20 % des aidants estiment que l’aide qu’ils apportent a des conséquences sur leur vie professionnelle (refus d’une mobilité géographique, d’heures supplémentaires ou d’un retour à temps plein, de promotion,...). L’étude montre, à ce niveau, que le temps de trajet moyen entre le lieu d’activité professionnelle de l’aidant et le domicile de l’aidé s’élève à presque 1 heure.

Cette génération « sandwich » souhaite, sans surprise, un environnement favorable aux aidants avec :

  • Un soutien de l’entreprise (83 %)
  • Un soutien par les collègues aidants (69 %), tel que, par exemple, le don de jours de congés aux collègues ayant un parent aidant (projet de loi en cours)

En revanche, et contrairement à la pratique actuelle, les aidants refusent :

  • A 92 % l’idée que ce soit avant tout aux femmes d’aider leurs parents âgés dépendants
  • A 63 % le postulat que, parmi les enfants, c’est avant tout à ceux qui ne travaillent pas d’aider leurs parents âgés dépendants
  • A 56 % que ce soit aux enfants qui vivent à proximité de leurs parents âgés dépendants de les aider

Si les aidants sont de bonne volonté, ils affichent néanmoins leurs limites, même s’ils ont le soutien entier de leur conjoint.

Ainsi :

  • 76 % des 40-64 ans interrogés acceptent d’aider leurs parents dépendants régulièrement et 65 % se sentent obligé de le faire
  • 71 % sont prêts à participer au financement d’une aide à domicile et 70 % se disent prêts à s’impliquer le plus possible pour éviter la maison de retraite

Mais seulement

  • 37 % sont prêts à héberger leurs parents dépendants
  • 35 % sont prêts à faire évoluer leur vie professionnelle pour l’aider

Entreprises et salariés : le compromis sur les aidants va être difficile

De son côté, l’enquête «Agir pour les Salariés Aidants» menée en 2017 par la Fondation Médéric Alzheimer et Malakoff Médéric avec l’aide de la Fondation Handicap Malakoff Médéric a interrogé un panel d’entreprises et de salariés. Ses résultats sont instructifs et montrent que la question des salariés aidants n’est pas encore une priorité pour les entreprises.

En effet, seules 31% d’entre elles sont en mesure d’estimer le nombre de salariés-aidants : en moyenne 1,8 pour les TPE ; 8,9 pour les PME et 6 pour les ETI.
En revanche, le nombre est inconnu pour les entreprises au-delà de 5 000 salariés.

Concernant les informations dispensées, 63 % des entreprises citent l’action sociale des groupes de protection sociale et l’accès à un service de santé au travail (62 %).

Par ailleurs, seulement, 15 % des entreprises ont déclaré que le sujet des salariés-aidants est un thème de travail. Enfin, 17 % du total des entreprises indiquent avoir une politique active en faveur des aidants (aménagement du temps de travail, formations pour les aidants, redistribution du temps entre non-aidants et aidants,…).

L’enquête fait ressortir que 66 % des salariés interrogés ont informé leur supérieur hiérarchique de leur situation d’aidant familial principalement par qu’ils pensent qu’il s’agit d’un passage obligatoire pour que leur hiérarchie puisse les aider (43 %) et qu’ils ont confiance en eux (39%).

Quand le supérieur hiérarchique n’est pas informé, la raison avancée est que:

  • Cela relève de la sphère privée (66 %)
  • Le salarié n’a pas envie d’en parler (26 %)
  • Cela pourrait nuire à la carrière du salarié-aidant (8 %)

Par ailleurs, 90 % des salariés-aidants travaillant en équipe avancent avoir informé leurs collègues de leurs situations, certains (13 %) parce qu’ils estiment être trop souvent en retard ou pour d’autres (10 %) qu’ils veulent se faire aider.

12 % des salariés aidants indiquent avoir pris des congés spécifiques pour les aidants (congés de soutien familial, congés de proche aidant,...) et 67 % avoir pris un congé non spécifique pour s’occuper de leurs proches (congés payés, RTT, disponibilité, …).

Enfin, l’étude pointe que :

Il est grand temps pour les différents acteurs économiques d’effectuer le travail d’information nécessaire sur les dispositifs existants mais surtout sur les solutions financières et patrimoniales à mettre en oeuvre au regard de l’ampleur du défi sociétal lié aux vieillissement de la population.

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