La perte d’autonomie sera-t-elle une préoccupation des candidats à l’élection présidentielle ?

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Jean-Manuel Kupiec, directeur général adjoint de l’OCIRP, l’organisme paritaire spécialisé dans l’assurance du handicap et de la dépendance, appelle les pouvoirs publics à accélérer le rythme des mesures concrètes pour faire face au risque inéluctable de perte d'autonomie lié au vieillissement de la population. Il revient sur l’intérêt des contrats collectifs et de la négociation de branche et plaide pour la mise en place d’un contrat labellisé.

Le risque de dépendance est-il selon vous suffisamment pris en compte par les Français ?

Malheureusement non. Cependant, la prise de conscience, au moins théorique, progresse. Le Baromètre OCIRP, seule étude interrogeant les particuliers, les salariés, les délégués syndicaux et les DRH, publié en janvier 2016, révèle que plus de 78 % des Français considèrent que la perte d’autonomie est un sujet primordial ou important.  Dans le même temps, 74 % d’entre eux estiment ne pas être prémuni contre ce risque. L’arrivée dans le grand âge des générations du baby-boom provoquera une prise de conscience mais il serait bon d’anticiper dès aujourd’hui.

Chacun est conscient de l’urgence à agir, mais personne n’a véritablement envie d’avancer franchement. La perte d’autonomie reste un sujet anxiogène et bon nombre de nos concitoyens se réfugient dans le déni de vieillesse.

A cela s’ajoute un problème de vocabulaire. La dépendance est un terme anxiogène et il est préférable de communiquer sur la notion de perte d’autonomie. Cette question de la terminologie n’est pas neutre, elle pose l’interrogation suivante : Quel regard portons-nous sur la longévité ?

La loi de 2015 sur l’adaptation de la société au vieillissement n’a-t-elle pas fait évoluer le dossier ?

Si, cette loi marque une première étape importante. Elle insiste sur la prévention et sur une prise en compte du vieillissement par toutes les politiques publiques. Entre autres mesures importantes dans le texte, on peut citer la revalorisation de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) à domicile, la création de droits pour les aidants - droit au répit, congé de proche aidant -, le financement de l’adaptation de 80 000 logements privés et un accès facilité aux nouvelles technologies - téléassistance, domotique - pour les personnes âgées aux revenus modestes.

La deuxième étape, celle du financement durable de la perte d’autonomie, en particulier en établissement, reste à franchir.

Tout ou presque a été écrit sur le sujet de la perte d’autonomie. L’heure n’est plus aux rapports, même si des sujets sont encore à approfondir. Je pense notamment aux solutions pour soutenir les aidants de personnes âgées, de personnes handicapées ou souffrant de maladies chroniques. Près de la moitié d’entre eux sont en activité professionnelle.

A présent, les débats s’ouvrent pour l’élection présidentielle. La perte d’autonomie sera-t-elle ou non une préoccupation des candidats et à quel degré ? Nous appelons à sortir de cette défiance vis-à-vis du sujet. Notre protection sociale doit prendre en compte le vieillissement inéluctable de la population. Il faut aussi prévenir le risque d’un conflit entre les générations.

Quelles sont vos pistes pour assurer le succès des solutions collectives de dépendance en entreprise ?

Les contrats collectifs en entreprise peuvent mieux faire en matière de diffusion et de collecte au regard de leurs atouts. Ils sont financés en partie par l’employeur, ce qui les rend beaucoup moins coûteux pour les salariés. Aujourd’hui, ils sont quasiment tous bâtis pour permettre une continuité des garanties après le départ en retraite.

A l’OCIRP nous avons un contrat permettant d’acquérir des points qui se convertissent en euros en cas de survenance du risque de perte d’autonomie. Les points accumulés pendant la carrière professionnelle sont acquis pour toute la vie.

Pour le moment, les contrats collectifs sont surtout négociés dans les branches professionnelles ou dans les entreprises, majoritairement les grands groupes, qui se portent bien. Il y a donc à ce niveau une discrimination à réduire.

La perte d’autonomie est un risque lourd et long. Les branches, grâce à la mutualisation et à la solidarité qu’elles permettent, sont légitimes pour intervenir et apporter des solutions aux TPE-PME pour lesquelles existe un véritable enjeu en termes d’équipement et de protection des salariés.

Si la réponse doit passer en partie par les assurances privées, il est nécessaire d’aider le marché à décoller. Pour notre part, nous militons pour un contrat labellisé. A ce niveau, les différents organismes assureurs doivent à notre avis s’engager sur une charte. Cette charte, c’est à l’ensemble des professionnels de la bâtir. A défaut, les pouvoirs publics pourraient être amenés à imposer certaines contraintes.

Au-delà, un coup de pouce fiscal et éventuellement social serait nécessaire afin de créer une réelle incitation – pour les entreprises et les particuliers - à souscrire à une garantie autonomie.

Enfin, pour éviter la déshérence des contrats et renforcer la confiance, nous pensons que la création d’un fichier national pour référencer tous les contrats serait une initiative utile.

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